Chiffre qui fait bondir : la somme des pourcentages atteint 102,75 % dans un document publié par le camp Issa Tchiroma Bakary. Présenté comme un « rapport de décompte » du FSNC pour le Wouri (Littoral), ce tableau contiendrait, selon l’équipe Klein Reporters, des incohérences majeures entre votes, pourcentages et totaux. « Ce n’est pas un PV officiel d’Elecam, mais une compilation interne truffée d’erreurs », souffle un analyste contacté à Douala. À une semaine de la présidentielle, ce couac numérique brouille le débat public. Faut-il y voir simple bourde de saisie… ou manœuvre de communication mal ficelée ?
Anomalies des PV au Cameroun : ce que révèle le document
Le fichier attribué au FSNC d’Issa Tchiroma, censé couvrir le département du Wouri, affiche : 977 955 inscrits, 474 873 votants, 3 582 nuls/blancs et un taux de participation de 48,56 % – jusque-là cohérent.
Problème : la somme des pourcentages par candidat culmine à 102,75 %. C’est bien au-delà d’un simple arrondi.
Plus grave encore, la somme des voix par candidat atteint 484 230, soit 9 357 de plus que le nombre de votants et 12 939 au-dessus des suffrages valablement exprimés estimés à 471 291 (votants – nuls/blancs).
« Les pourcentages semblent calculés sur la bonne base, mais les totaux auraient été mal reportés ou gonflés », résume un statisticien indépendant à Bonanjo.
Dans ce décalage, la ligne Issa Tchiroma Bakary (78,31 %) concentre l’écart supposé : en re-projetant tous les pourcentages sur 471 291 voix, son total attendu avoisinerait 356 120 et non 369 059. Une erreur de saisie (ex. 356 → 369) ou un agrégat doublonné sont les hypothèses les plus probables.
Éclairage et enjeux : entre méthode, crédibilité et paix sociale
Cette « compilation » n’est pas un PV Elecam. Elle viendrait des scrutateurs FSNC et aurait été agrégée par une « commission de décompte » interne. D’où plusieurs pistes :
- Erreur humaine : addition manuelle, formules Excel absentes, colonnes dupliquées.
- Arrondis cumulés : chaque pourcentage tronqué à deux décimales gonfle la somme finale.
- Irrégularités supposées : sans audit indépendant, toute accusation reste spéculative.
À Douala comme à Yaoundé, l’enjeu dépasse le tableur : la crédibilité des résultats et le climat post-scrutin. Les bonnes pratiques recommandées par les observateurs sont claires : normaliser les pourcentages après agrégation, publier la base de calcul (total des valides) et croiser chaque ligne avec les copies des PV bureau par bureau.
Pour l’heure, une seule instance a compétence pour trancher : le Conseil constitutionnel, après centralisation par Elecam. Toute communication parallèle devrait être signalée comme préliminaire pour éviter d’attiser les tensions.
Conclusion : transparence d’abord, polémique ensuite
Le document relayé par le camp Tchiroma soulève de vraies questions de cohérence. Sans accès aux PV originaux, impossible d’ériger ces chiffres en vérité. La méthode décidera de la confiance. Et vous, pensez-vous que ces erreurs relèvent d’une bourde technique… ou d’une stratégie de pression politique ?



