(Investir au Cameroun) – Après plusieurs semaines de tensions, la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) et le Groupement des professionnels du pétrole (GPP) ont finalement repris langue autour de la répartition des quotas d’importation de carburants au Cameroun. Une récente réunion entre les deux parties a permis de désamorcer, au moins provisoirement, le bras de fer qui menaçait la stabilité de l’approvisionnement du marché national.
Selon des informations recueillies par Investir au Cameroun, la CSPH a pris une décision de principe pour allouer des spots d’importation aux membres du GPP sur la période allant de janvier à décembre. Cette ouverture doit permettre un retour progressif au calme, en réintégrant les distributeurs historiques dans le dispositif d’importation.
Cette orientation reste toutefois à confirmer sur le plan institutionnel. « Il s’agit davantage d’une mesure transitoire, destinée à apaiser les tensions et à créer un cadre propice à l’ouverture de pourparlers en vue d’un accord plus durable sur la répartition des quotas d’importation », explique une source proche du GPP.
Un conflit né de la répartition des quotas d’importation
Le conflit s’est cristallisé après une annonce du GPP, qui regroupe notamment TotalEnergies, Tradex, Neptune Oil, Ola Energy, Gulfcam et Corlay Cameroun. Le groupement a indiqué qu’à compter du 1ᵉʳ novembre 2025, ses membres « envisagent de ne plus acquérir de produits auprès des importateurs non-membres du Groupement ». Une position perçue comme un ultimatum, révélatrice du malaise persistant autour des règles d’accès à l’importation.
Dans une correspondance datée du 2 octobre 2025 et adressée au directeur général de la CSPH, Okie Johnson Ndoh (photo), également président du Comité ad hoc des importations de produits pétroliers, le GPP, présidé par Antoine Ndzengue, dénonçait l’exclusion de ses membres de l’activité d’importation. Il visait en particulier des opérateurs qualifiés « d’importateurs opportunistes », accusés de capter une part croissante des volumes sans disposer du même ancrage sur le marché local.
Des acteurs dominants marginalisés sur l’importation
Selon un document consulté par Investir au Cameroun, les membres du GPP ont été totalement écartés de l’importation d’essence Super pendant les cinq derniers mois de l’année 2025. Sur la même période, ils ne détiennent que 3,62 % des volumes de gasoil importés, alors même qu’ils contrôlent 73 % du marché du Super et 78 % de celui du gasoil. Une dissymétrie que le groupement juge difficilement justifiable au regard de son poids dans la distribution.
« Ces données établissent de manière irréfutable la mise à l’écart des membres de notre Groupement relativement à l’activité d’approvisionnement du Cameroun en produits pétroliers », affirme le GPP. Le groupement estime que la situation profite à de nouveaux importateurs, peu implantés localement, accusés de ralentir la distribution et d’occuper durablement les infrastructures de stockage.
Les distributeurs historiques, qui revendiquent 75 % du marché national et exploitent près de 600 stations-service, parlent d’un traitement inéquitable. À leurs yeux, la dissociation entre leur poids dans la distribution et leur faible accès aux quotas d’importation crée des risques pour la fluidité et la sécurité de l’approvisionnement.
Un risque systémique pour l’approvisionnement
Dans ce contexte, un retour à la table des négociations apparaissait incontournable. « Si la répartition des quotas n’est pas revue, le système risque l’asphyxie », prévenait déjà un analyste pétrolier, estimant qu’un blocage prolongé aurait pu désorganiser l’approvisionnement du marché, avec des répercussions en chaîne sur les entreprises, les transports et, in fine, l’activité économique.
Le début de détente observé après les récentes discussions constitue ainsi un facteur de stabilisation, particulièrement à l’approche de la période festive, où toute tension sur l’approvisionnement en carburants se serait révélée d’autant plus délicate à gérer. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des parties à transformer cette entente de principe en un mécanisme durable de répartition des quotas, conciliant le poids des distributeurs historiques et l’arrivée de nouveaux importateurs au sein d’un cadre régulé et prévisible.
Amina Malloum
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