(Investir au Cameroun) – Une délégation de Mainstream Energy Solutions, opérateur nigérian actif dans l’hydroélectricité, a été reçue le 25 mai à Yaoundé par le ministre camerounais de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. Selon les informations communiquées par le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie (MINEE), les échanges ont porté sur les contours du barrage de Dasin Hausa, projet que le Nigeria cherche désormais à relancer dans le cadre d’un partenariat public-privé.
Au-delà de sa vocation énergétique, Dasin Hausa est présenté par la partie nigériane comme un barrage à usages multiples. Le projet devrait contribuer à la production hydroélectrique, à la maîtrise des crues, à l’irrigation agricole et au développement socio-économique des zones riveraines. Il est également défendu à Abuja comme un ouvrage de régulation destiné à limiter les inondations en aval de la Bénoué, régulièrement associées côté nigérian aux lâchers d’eau du barrage camerounais de Lagdo.
En saison des pluies, les autorités camerounaises peuvent procéder à des lâchers contrôlés depuis Lagdo afin de gérer le niveau de la retenue et de préserver la sécurité de l’ouvrage. Ces opérations sont régulièrement citées par les autorités nigérianes parmi les facteurs aggravants des inondations qui touchent les États situés en aval, notamment l’Adamawa. Yaoundé conteste toutefois toute lecture mécanique du phénomène, en estimant que les lâchers de Lagdo ne sauraient, à eux seuls, expliquer les crues observées côté nigérian.
C’est dans ce contexte de lectures divergentes que Lamu Audu, patron de Mainstream Energy Solutions est venu présenter le projet au gouvernement camerounais. Pour Yaoundé, la relance de Dasin Hausa ne peut cependant être examinée sans une documentation technique complète. Gaston Eloundou Essomba a ainsi conditionné toute transmission du dossier aux plus hautes autorités camerounaises à la disponibilité d’études techniques, environnementales et sociales permettant d’évaluer les impacts du futur barrage des deux côtés de la frontière.
Le Cameroun veut notamment disposer d’éléments suffisamment documentés sur les répercussions hydrologiques, environnementales et socio-économiques du projet sur son territoire. Cette exigence vise à mesurer les effets possibles de l’ouvrage sur les cours d’eau, les écosystèmes, les activités agricoles, les zones riveraines et les populations susceptibles d’être affectées.
Selon les services du MINEE, le ministre a appelé à une coopération technique étroite entre Yaoundé et Abuja. Celle-ci devrait couvrir l’eau, l’énergie, l’environnement, l’aménagement du territoire et la protection des populations riveraines.
Pour le Cameroun, l’enjeu consiste donc à ne pas limiter le dossier à sa seule dimension énergétique. La relance de Dasin Hausa ouvre aussi une séquence de négociation technique avec le Nigeria autour de la gestion transfrontalière des eaux, de la prévention des crues et de la sécurisation des populations installées le long du bassin de la Bénoué.
Ludovic Amara

