(Investir au Cameroun) – La Cameroon Postal Services (Campost) engage un nouveau chantier de diversification avec un investissement initial de 281 millions de FCFA TTC pour la construction d’un magasin logistique à Yaoundé. Destinée à soutenir ses futures activités dans le commerce électronique, cette infrastructure traduit la volonté de l’opérateur public de repositionner son réseau postal sur un segment en croissance.
Le marché de construction a été attribué au groupement ETS General Business Cameroun / GNT International SARL, par décision N°000364/D/CAMPOST/DG/CGM du 28 mai 2024, avec un délai d’exécution de huit mois. Selon le communiqué rendu public le 12 mai 2026, l’offre retenue a obtenu une note technique de 82,14 %.
Au-delà de ce projet, Campost déploie une stratégie plus large dans le e-commerce. Lors de la présentation du budget du ministère des Postes et Télécommunications à l’Assemblée nationale, la ministre a annoncé pour 2026 le lancement de Bolamba, une plateforme de commerce en ligne portée par l’opérateur postal public. Pour soutenir ce dispositif, Campost prévoit l’installation de deux plateformes logistiques dans les aéroports de Douala et de Yaoundé, sur des espaces déjà mis à sa disposition par la Société des aéroports du Cameroun (ADC). L’investissement global de cette architecture logistique est estimé entre 2 et 3 milliards de FCFA.
À travers ce dispositif, Campost ne cherche pas seulement à créer une place de marché numérique. L’opérateur public veut aussi se positionner sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur du commerce électronique : réception des flux internationaux, stockage, préparation des commandes, distribution nationale et desserte du dernier kilomètre. L’objectif est de transformer son maillage territorial en avantage opérationnel sur un marché où la logistique reste l’un des postes les plus sensibles.
Cette orientation traduit aussi une recherche de nouveaux relais de croissance. Comme de nombreux opérateurs postaux, Campost évolue dans un environnement où les activités traditionnelles sont sous pression. Le développement du e-commerce apparaît, dans ce contexte, comme une source potentielle de revenus supplémentaires à travers des prestations de stockage, de manutention, de livraison et, à terme, de gestion logistique pour des tiers.
Le potentiel du marché explique ce repositionnement. Selon Statista, cité par Investir au Cameroun, le e-commerce au Cameroun représenterait environ 811,09 millions d’euros en 2025, soit près de 531 milliards de FCFA. Pour Campost, même une captation partielle de cette valeur pourrait justifier les investissements engagés, à condition que les infrastructures annoncées soient mises en service dans des délais compatibles avec la montée du marché.
L’entreprise avance toutefois sur un terrain où elle a déjà connu un revers. En 2016, son partenariat avec Jumia devait renforcer sa présence dans la distribution des commandes en ligne, notamment vers les zones reculées. L’accord avait finalement échoué sur fond de divergences liées au modèle économique et au partage des revenus. Cet antécédent rappelle qu’en matière de e-commerce, la solidité d’un réseau logistique ne suffit pas à elle seule: la viabilité du modèle dépend aussi de la gouvernance commerciale, de la répartition de la valeur et de la capacité à atteindre des volumes suffisants.
C’est sur ce terrain que se jouera l’essentiel du nouveau pari de Campost. Le succès de Bolamba et des infrastructures annoncées dépendra moins de l’effet d’annonce que de plusieurs facteurs concrets : la capacité à attirer des vendeurs et des flux, la fiabilité de la chaîne logistique, la rapidité des livraisons, la compétitivité tarifaire et la rigueur d’exécution dans les investissements prévus.
En lançant ce programme, Campost envoie un double signal. D’un côté, l’entreprise confirme son ambition de devenir un acteur logistique de l’économie numérique. De l’autre, elle engage des ressources importantes sur un modèle dont la rentabilité dépendra de la montée en charge réelle des volumes traités. Pour un opérateur public en quête de diversification, le chantier est à la fois industriel, commercial et financier.
Amina Malloum
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