Par décret présidentiel signé ce 4 mai 2026, Eneo Cameroon disparaît officiellement. La société est transformée en entreprise à capital public et rebaptisée Socadel — Société Camerounaise d’Électricité. Capital fixé à 43,9 milliards FCFA, siège maintenu à Douala, État actionnaire unique. Cinq mois après le rachat des 51% détenus par le fonds britannique Actis pour 78 milliards FCFA, la boucle est bouclée.
Un décret, une transformation, et beaucoup de questions laissées ouvertes
La décision était attendue. Mais sa forme finale surprend sur plusieurs points.
Le décret est clair sur la structure : la Socadel bénéficie de la personnalité juridique, de l’autonomie financière, et — détail qui ne passera pas inaperçu — elle « n’est pas assujettie aux dispositions du Code des marchés publics ». Autrement dit, l’entreprise échappe aux règles habituelles de passation des marchés, tout en restant soumise au régime des entreprises publiques. Une disposition qui mérite d’être suivie de près.
Le personnel sera constitué en priorité des anciens agents d’Eneo, avec possibilité d’accueillir des fonctionnaires en détachement. Un deuxième décret signé le même jour installe le conseil d’administration. Antoine Ntsimi, ancien ministre des Finances et figure bien connue des cercles économiques camerounais, y figure en bonne place.
Cinquante ans d’histoire, et une question qui reste entière
Fondée en 1974 sous le nom de Sonel, privatisée en 2001 au profit de l’américain AES Corporation, puis rachetée en 2014 par Actis qui la rebaptise Eneo — l’entreprise aura changé quatre fois de peau en un demi-siècle. Ce retour dans le giron public est le cinquième acte.
C’est un tournant réel. Mais l’histoire du secteur électrique camerounais enseigne une chose : le changement de propriétaire n’a jamais suffi à régler les coupures, le sous-investissement chronique, ni les dettes croisées entre producteurs et distributeurs.
La grande inconnue reste le directeur général en poste. Le Marocain Amine Homman Ludiye, nommé en juin 2023, maintient-il son fauteuil ? Ou la « camerounisation » de la direction s’impose-t-elle maintenant que l’État est actionnaire unique ? Rien dans les textes publiés ce dimanche ne tranche la question.
Et les abonnés, eux, attendent surtout une chose. Pas un nouveau nom. Moins de délestages.
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.



