(Investir au Cameroun) – Entre ses responsabilités à la tête de Light Group et celles de président de l’Association des Petites et Moyennes Entreprises du Cameroun (APEC), Yves Bertrand Solanga se trouve à l’intersection des réalités quotidiennes des entreprises et du dialogue institutionnel avec l’État. Ce positionnement lui permet de mettre en lumière à la fois les défis opérationnels du secteur privé et les enjeux collectifs du patronat. Dans cet entretien, il a évoqué la vision du patronat camerounais, les conditions d’un dialogue public-privé plus efficace, le climat des affaires et les réformes nécessaires pour améliorer l’environnement économique.
Investir au Cameroun : Comment avez-vous fait évoluer Light Group ces sept dernières années, depuis son lancement jusqu’à aujourd’hui, et quels ont été vos principaux défis et succès ?
Yves-Bertrand Solanga : Lorsque nous avons lancé Light Group, notre vision était claire : digitaliser les process en vigueur relatifs au contrôle et à la gestion des actifs industriels encore primitifs et s’imposer comme un acteur majeur dans la surveillance et la gestion des actifs pétroliers au Cameroun. Le parcours n’a pas été sans embûches, mais il a été marqué par trois grandes étapes : la conception de nos solutions propriétaires, leur validation sur le terrain, et l’adoption progressive par des acteurs majeurs.
« Les principaux défis ont été liés à l’accès au financement, à la méfiance initiale du marché vis-à-vis des innovations locales, et à l’environnement administratif parfois peu agile. »
Parmi nos plus grandes réussites, je citerais le développement et le déploiement de Light Oil, une solution de supervision intelligente pour les cuves et les pompes à carburant. Grâce à plusieurs partenariats stratégiques avec des acteurs économiques majeurs comme MTN, nous avons pu instaurer un climat de confiance avec nos clients et renforcer la crédibilité de notre technologie.
Les principaux défis ont été liés à l’accès au financement, à la méfiance initiale du marché vis-à-vis des innovations locales, et à l’environnement administratif parfois peu agile. Mais ces obstacles nous ont appris à être résilients et à transformer chaque frein en levier d’innovation.
Investir au Cameroun : Votre produit phare, Light Oil, propose une innovation technologique pour le secteur pétrolier. Comment avez-vous réussi à faire adopter cette solution au Cameroun, un marché réputé complexe pour l’innovation numérique ?
Yves-Bertrand Solanga : L’adoption de Light Oil s’est faite avec méthode et beaucoup de pédagogie. Nous avons commencé par démontrer la valeur ajoutée de la solution, notamment en termes de réduction des pertes, de transparence dans les ventes, et de fiabilité des données. Ensuite, nous avons ciblé des acteurs ouverts à l’innovation avec des tests pilotes, puis capitalisé sur les premiers résultats pour bâtir un discours fondé sur des preuves.
Notre stratégie d’inclusion des utilisateurs finaux dès la phase pilote a été essentielle. En parallèle, nous avons travaillé sur l’interopérabilité avec les systèmes existants et investi dans un accompagnement post-installation, ce qui a favorisé la confiance. Enfin, l’enregistrement du brevet à l’OAPI, l’agrément de l’Etat du Cameroun et notre approche de tests pilotes ont rassuré les clients publics et privés sur la solidité de notre démarche technologique.
Investir au Cameroun : Quel regard portez-vous sur l’évolution du climat des affaires au Cameroun ces sept dernières années, particulièrement pour les petites entreprises et les startups technologiques ?
Yves-Bertrand Solanga : Le climat des affaires au Cameroun reste paradoxal : d’un côté, nous assistons à une prise de conscience croissante de l’importance de l’entrepreneuriat, avec l’émergence d’initiatives locales, d’incubateurs et de programmes publics ; mais de l’autre, les rigidités structurelles (accès au financement, lourdeur administrative, fiscalité mal adaptée) freinent encore le plein essor des PME et startups.
« Les progrès observés, notamment en matière de régulation numérique et de création de structures d’accompagnement, montrent que le changement est en cours. »
Les acteurs du digital innovent dans un environnement encore marqué par la méfiance vis-à-vis des solutions locales. Cependant, je reste optimiste. Les progrès observés, notamment en matière de régulation numérique et de création de structures d’accompagnement, montrent que le changement est en cours. Il faut maintenant accélérer la simplification des procédures et surtout créer des ponts concrets entre les jeunes entreprises et les grands groupes.
Investir au Cameroun : Vous êtes devenu président de l’Association des Petites Entreprises du Cameroun (APEC). Quels changements concrets souhaitez-vous impulser à travers ce rôle, et comment pensez-vous faire avancer les intérêts des PME camerounaises ?
Yves-Bertrand Solanga : Mon engagement à l’APEC est une continuité naturelle de mon parcours. Nous avons créé cette association pour donner une voix structurée aux petites entreprises, souvent exclues des grandes décisions économiques. En tant que président, je souhaite impulser trois grands changements :
- Structurer un réseau actif de PME sur tout le territoire, avec des délégations régionales fortes ;
- Contribuer à la création de champions nationaux sur divers secteurs d’activités
- Porter un plaidoyer stratégique auprès des pouvoirs publics pour des réformes fiscales, administratives et financières réellement adaptées ;
- Lancer des projets concrets comme la cartographie nationale des PME, ou encore APEC-Connect, notre future plateforme numérique collaborative.
L’ambition, c’est que l’APEC devienne le référent national pour les questions liées aux TPE/PME, mais aussi un acteur crédible sur la scène régionale et africaine.
Investir au Cameroun : Quelles sont les principales leçons que vous avez apprises en tant qu’entrepreneur au Cameroun durant ces sept dernières années, et quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur souhaitant lancer son entreprise dans le secteur technologique ?
Yves-Bertrand Solanga : J’ai appris que la patience, la cohérence et la rigueur sont les meilleures armes face à l’adversité. L’écosystème camerounais est encore jeune, mais il regorge d’opportunités. Il faut savoir commencer petit mais penser grand, rester concentré sur sa vision et ne pas chercher la perfection dès le départ. Mon conseil aux jeunes entrepreneurs : faites confiance à votre idée, mais surtout, travaillez votre exécution.
« Mon conseil aux jeunes entrepreneurs : faites confiance à votre idée, mais surtout, travaillez votre exécution. »
La technologie n’est pas une finalité, c’est un outil. Il faut créer des solutions utiles, scalables, et répondre à un vrai besoin du marché. N’ayez pas peur de l’échec ; apprenez vite, pivotez si nécessaire, mais ne sacrifiez jamais vos valeurs.
Investir au Cameroun : Quels sont vos projets pour Light Group à l’horizon des cinq prochaines années, notamment en termes d’expansion au Cameroun et éventuellement dans d’autres pays africains ?
Yves-Bertrand Solanga : Nous avons une vision claire : faire de Light Group un acteur majeur dans la surveillance et la gestion des actifs industriels au Cameroun et dans la sous-région avec les technologies de supervision, d’optimisation énergétique et de transparence opérationnelle.
Au Cameroun, nous comptons renforcer notre présence dans les secteurs du transport, du stockage pétrolier, et de la gestion intelligente des actifs, mais également d’étendre dans l’assemblage et la distribution des équipements pétroliers. À l’échelle régionale, nous visons des implantations en Afrique centrale (Congo, Tchad, Gabon).
« À l’échelle régionale, nous visons des implantations en Afrique centrale (Congo, Tchad, Gabon). »
Parallèlement, nous investirons davantage dans la R&D, notamment sur l’IoT, les données, et les solutions adaptées aux PME. Et bien sûr, Light Group continuera à soutenir l’APEC, car nous croyons fermement que l’avenir du continent passera par des écosystèmes entrepreneuriaux solides et connectés.



