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À Bamenda, le pape a parlé à tous, même aux séparatistes


Quand le pape Léon XIV a posé le pied à Bamenda, il n’est pas venu uniquement pour les catholiques. Sa visite dans la capitale du Nord-Ouest s’est voulue universelle — adressée aux musulmans, presbytériens, baptistes, animistes, autorités traditionnelles et à toutes les forces vives des deux régions anglophones en crise. Un message de paix et d’unité, rare dans un contexte aussi meurtri.

Une rencontre au-delà des frontières religieuses

Le moment le plus symbolique de la visite a été la rencontre entre le Saint-Père, l’imam de Buéa, le modérateur de la Presbyterian Church in Cameroon (PCC) et le Fon de Mankon, autorité traditionnelle incontournable de la région. Trois figures qui incarnent des univers différents — islam, protestantisme, chefferie traditionnelle — réunies autour du pape.

Ce geste a envoyé un signal fort : la paix ne peut se construire que si tout le monde est autour de la table. Le pape ne s’est adressé à aucune chapelle en particulier. Son discours a embrassé l’ensemble des communautés.

Fait remarquable : même les groupes séparatistes ont, pour un temps, levé les restrictions habituelles à la mobilité. Des populations venues de Nkambe, Bui, Boyo, Menchum et des environs de Mezam ont pu circuler librement pour accueillir le souverain pontife. Une trêve silencieuse, mais réelle.

Derrière les acclamations, une crise qui saigne encore

Les scènes de liesse à Bamenda ne doivent pas faire oublier l’ampleur du drame. Depuis 2016, le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a fait plus de 60 000 morts et contraint plus d’un million de personnes à fuir leurs foyers. Des villages entiers ont été rasés. Des écoles sont fermées depuis des années. Des familles sont déchirées entre l’exil et la résistance.

C’est dans ce contexte que le pape a prêché la paix — non pas comme un slogan, mais comme une urgence. Il a appelé toutes les parties au dialogue, sans désigner de coupable, sans exclure personne.

Pour beaucoup d’habitants de la région, sa venue a représenté bien plus qu’une visite religieuse. C’était une reconnaissance. Une preuve que le monde n’avait pas oublié leur souffrance.

La vraie question est désormais celle qui suit chaque appel à la paix dans ce conflit : les armes se tairont-elles après le départ du pape ? Les acteurs politiques et militaires entendront-ils cet appel là où tant d’autres ont échoué ?

L’espoir est là. Fragile, mais réel.



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