Ousmane Sonko peut-il vraiment prendre la tête du Parlement sénégalais ? L’honorable Sira Ndiaye, députée, a jeté un pavé dans la mare. Sa réponse est non. Selon elle, le retour de Sonko au perchoir n’est pas juridiquement possible en l’état des textes. Une position qui lui vaut déjà des attaques violentes sur les réseaux sociaux.
Ce que dit Sira Ndiaye, et pourquoi ça bloque
L’argument est technique, mais il tient. Ousmane Sonko n’était pas député avant d’entrer au gouvernement. Il a été élu à l’Assemblée nationale alors qu’il était déjà ministre. La séquence compte. Et elle change tout sur le plan juridique.
Le problème, c’est précisément cette chronologie.
Les règles qui encadrent le cumul des mandats et la compatibilité entre fonctions gouvernementales et parlementaires au Sénégal prévoient des situations bien précises. Sira Ndiaye estime que celle de Sonko n’entre dans aucune d’elles, du moins pas de façon à autoriser son accession automatique à la présidence de l’Assemblée.
On ne sait pas encore si cette lecture fait consensus parmi les constitutionnalistes sénégalais. D’autres juristes pourraient lire les textes différemment. Mais l’argument soulevé n’est pas fantaisiste.
Une juriste traitée de traître
Les réseaux sociaux ne font pas dans la nuance. Sira Ndiaye est accusée d’être une traîtresse à la nation, un pion de Diomaye Faye, une ennemie du Pastef. Le mot « traître » revient en boucle sur X et dans les groupes WhatsApp pro-Sonko depuis que sa sortie a été relayée.
C’est prévisible. Et c’est inquiétant.
Une élue qui formule une objection juridique sur un point de droit constitutionnel se retrouve lynchée en moins de 24 heures. Peu importe que son analyse soit juste ou fausse, le débat de fond est court-circuité avant même d’avoir commencé. C’est une tendance lourde dans l’espace politique sénégalais depuis quelques années.
Le vrai sujet reste entier : si la voie parlementaire est juridiquement fermée pour Sonko, quel scénario alternatif le Pastef envisage-t-il ? La question de la succession constitutionnelle à Diomaye Faye, évoquée ces derniers jours, prend alors une autre dimension.
Pour les observateurs camerounais et africains qui suivent cette séquence, le Sénégal offre un cas d’école sur la tension entre ambition politique et contrainte constitutionnelle. Une tension que peu de pays de la région ont su gérer sereinement.
La bataille juridique, si elle a lieu, se jouera loin des réseaux sociaux.
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l’actualité politique et diplomatique du continent africain.

