Sopecam : un bénéfice de 531 millions, mais 13,6 milliards de factures impayées et 11 milliards de dettes courantes


(Investir au Cameroun) – La Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam), dirigée par Marie-Claire Nnana, a terminé l’année 2025 avec 13,59 milliards de FCFA de créances clients. En termes simples, il s’agit de prestations déjà facturées par l’entreprise publique, mais dont le paiement n’avait pas encore été encaissé au 31 décembre.

Un an plus tôt, ces sommes s’élevaient à 11,35 milliards de FCFA. Elles ont donc augmenté de 19,7 %, soit une hausse de 2,24 milliards en douze mois. Plus significatif encore, l’argent dû à la Sopecam par ses clients représente 1,72 fois son chiffre d’affaires annuel, établi à 7,89 milliards de FCFA.

Cette situation contraste avec le retour de l’entreprise publique au bénéfice. Éditrice notamment du quotidien Cameroon Tribune, la société dirigée par Marie-Claire Nnana a dégagé un résultat net positif de 531,1 millions de FCFA en 2025, après une perte de 361 millions en 2024. En un an, son résultat s’est ainsi amélioré de 892,1 millions de FCFA.

Son chiffre d’affaires a également bondi de 69,9 %, passant de 4,64 milliards à 7,89 milliards de FCFA. Mais cette croissance n’a pas produit une augmentation équivalente des liquidités : une part importante des ventes comptabilisées restait encore à encaisser à la clôture de l’exercice.

Les factures impayées représentent 1,7 fois le chiffre d’affaires

Dans ses états financiers, la Sopecam classe les 13,59 milliards de FCFA dus par ses clients parmi les actifs circulants, c’est-à-dire les sommes appelées, en principe, à être encaissées à court terme.

Les comptes publiés ne font par ailleurs apparaître aucune dépréciation de ces créances clients. Autrement dit, la Sopecam n’a comptabilisé aucune perte de valeur sur les montants concernés.

Cette présentation ne signifie toutefois pas que toutes les factures seront nécessairement encaissées dans les délais prévus. Elle indique seulement qu’à la date de clôture des comptes, l’entreprise ne considérait pas devoir constater une perte probable sur ces créances.

Le niveau atteint montre néanmoins qu’une part importante des revenus comptabilisés par la Sopecam n’avait pas encore été transformée en argent disponible à la fin de l’année.

Cette situation crée un décalage financier : l’entreprise doit continuer à payer ses salariés, ses fournisseurs, ses impôts et ses autres charges, alors qu’une partie des factures adressées à ses clients reste en attente de règlement.

L’exploitation immobilise près de 5 milliards de FCFA

Le besoin de financement de l’exploitation de la Sopecam a augmenté de 44,6 % en 2025. Il est passé de 3,46 milliards de FCFA en 2024 à près de 5 milliards un an plus tard.

Cet indicateur mesure le montant immobilisé dans le fonctionnement courant de l’entreprise, notamment en raison des créances clients et des stocks, après prise en compte des dettes d’exploitation.

Sur le papier, les activités de la Sopecam ont produit une capacité d’autofinancement de 1,41 milliard de FCFA. Cet indicateur correspond aux ressources que l’entreprise peut potentiellement dégager grâce à son activité pour financer ses besoins et ses investissements.

Mais, dans les faits, les opérations courantes ont consommé 135,8 millions de FCFA de trésorerie en 2025. En 2024, elles avaient au contraire généré 262,4 millions.

Cette différence s’explique notamment par l’augmentation des créances clients et des stocks, qui immobilisent de l’argent. L’entreprise peut ainsi afficher un bénéfice tout en disposant de moins de liquidités pour régler ses dépenses immédiates.

À cette consommation de trésorerie se sont ajoutés 312,3 millions de FCFA consacrés aux investissements. Au total, la trésorerie de la Sopecam a diminué de 448,2 millions de FCFA au cours de l’exercice.

La trésorerie nette, qui correspond à la différence entre les liquidités immédiatement disponibles et les financements bancaires de court terme, est ainsi passée de −44,5 millions de FCFA en 2024 à −492,6 millions en 2025.

Les sommes disponibles dans les comptes bancaires et les caisses de l’entreprise ont reculé de 21,2 %, pour s’établir à 245,8 millions de FCFA. Dans le même temps, les découverts et autres concours bancaires de court terme ont plus que doublé, atteignant 738,5 millions.

Les dettes courantes approchent 11 milliards de FCFA

Les tensions de trésorerie apparaissent également dans les sommes que la Sopecam doit elle-même à ses différents créanciers.

À fin 2025, les dettes envers les fournisseurs atteignent 8,09 milliards de FCFA, en hausse de 9,8 % sur un an. Le montant dû aux entreprises qui livrent des biens ou fournissent des services à la Sopecam est ainsi supérieur aux 7,89 milliards de FCFA de chiffre d’affaires réalisés au cours de la même année.

Les dettes fiscales et sociales augmentent encore plus rapidement. Elles passent de 1,89 milliard de FCFA en 2024 à 2,79 milliards en 2025, soit une progression de 47,7 %.

Dans le détail, les obligations sociales atteignent 1,75 milliard de FCFA. Elles comprennent notamment 988,8 millions dus à la Caisse nationale de prévoyance sociale. Les dettes fiscales s’élèvent, quant à elles, à 1,04 milliard de FCFA, contre 534,4 millions un an auparavant.

En additionnant les dettes fournisseurs, les obligations fiscales et sociales ainsi que les autres passifs courants, les sommes dues à court terme par la Sopecam atteignent 10,98 milliards de FCFA. Ce montant a augmenté de 17,7 % en un an et représente près de 1,4 fois le chiffre d’affaires annuel de l’entreprise.

En termes simples, la Sopecam attend beaucoup d’argent de ses clients, mais doit simultanément des sommes importantes à ses fournisseurs, aux organismes sociaux et à l’administration fiscale.

L’augmentation de ces dettes contribue ainsi à financer une partie du décalage créé par les factures clients encore non encaissées. Une part des tensions de trésorerie est donc temporairement supportée par les fournisseurs, le fisc, les organismes sociaux et les banques.

Les prestations de services portent le redressement

Le redressement de la Sopecam repose principalement sur la forte progression des travaux et services vendus. Cette activité a généré 7,81 milliards de FCFA en 2025, contre 4,64 milliards en 2024, soit une hausse de 68,4 %.

Les travaux et services représentent désormais environ 99 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. À l’inverse, les ventes de produits fabriqués, qui peuvent notamment comprendre les journaux et autres publications physiques, n’ont généré que 78,9 millions de FCFA.

Les états financiers ne fournissent cependant pas le détail des prestations à l’origine de cette progression. Ils ne permettent donc pas de déterminer précisément la part provenant des travaux d’impression, de la publicité, des commandes institutionnelles ou d’autres services.

Ils ne permettent pas non plus d’identifier les principaux clients à l’origine des 3,17 milliards de FCFA de revenus supplémentaires enregistrés en 2025.

Cette forte progression de l’activité intervient alors que la subvention de fonctionnement versée à la Sopecam a diminué. Elle est passée de 1,16 milliard de FCFA en 2024 à 800 millions en 2025, soit une baisse de 31,3 %.

Malgré ce recul de l’aide publique, l’entreprise a amélioré ses performances opérationnelles. Son excédent brut d’exploitation, qui mesure ce que l’activité dégage avant la prise en compte des amortissements et de certains éléments financiers, atteint 1,59 milliard de FCFA. En 2024, cet indicateur était négatif de 173 millions.

Le résultat d’exploitation, qui mesure le gain ou la perte directement produit par les activités courantes, est également passé de −242,7 millions de FCFA en 2024 à +719,9 millions en 2025.

Le retour au bénéfice confirme donc une amélioration réelle de l’activité de la Sopecam. Mais il ne suffit pas encore à rétablir sa situation de trésorerie.

L’entreprise vend davantage et dégage à nouveau un profit, tout en accumulant des factures clients non encaissées et des dettes envers ses fournisseurs, le fisc et les organismes sociaux.

Son principal défi ne consiste désormais plus seulement à accroître ses revenus. Il lui faut également transformer plus rapidement ses ventes en liquidités. Sans amélioration du recouvrement, une partie du redressement continuera d’être financée par les fournisseurs, les organismes publics et les banques à court terme.

Les états financiers de la Sopecam ont fait l’objet d’un examen limité par le cabinet comptable GAP Consult. Celui-ci affirme n’avoir relevé aucun élément susceptible de remettre en cause leur régularité et leur sincérité. Il précise cependant que ses travaux « ne constituent pas un audit ».

Baudouin Enama





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