Sodepa : 92,7 millions de créances irrécouvrables depuis plus de 15 ans restent inscrites au bilan


(Investir au Cameroun) – La Société de développement et d’exploitation des productions animales (Sodepa) conserve dans ses comptes 92,7 millions de FCFA de créances commerciales anciennes, principalement issues de ventes de viande à crédit à des clients décédés ou devenus introuvables. Entièrement dépréciées, certaines de ces créances remontent à plus de quinze ans et doivent désormais faire l’objet d’une décision formelle d’apurement.

Dans les annexes aux états financiers de l’exercice 2025, l’entreprise publique précise que « les créances douteuses au 31 décembre 2025 d’une valeur de 92 699 815 FCFA sont très anciennes et sont provisionnées à 100 % ». Elles correspondent principalement à des ventes de viande consenties à crédit à des clients « décédés et disparus depuis plus de quinze ans », ainsi qu’à des membres du personnel, dont la plupart sont désormais retraités ou décédés.

« Une décision de gestion devrait être prise pour l’apurement du solde irrécouvrable », recommandent les auteurs des comptes.

Plus de 90 % des créances clients devenues douteuses

À fin décembre 2025, les créances clients brutes de la Sodepa s’élevaient à 102,5 millions de FCFA. Les créances litigieuses ou douteuses en représentaient environ 90,4 %, contre seulement 9,8 millions de FCFA de créances clients ordinaires.

Les 92,7 millions de FCFA ont été dépréciés à 100 %, ramenant la valeur nette du poste clients à 9,8 millions de FCFA. Le provisionnement intégral signifie que la Sodepa ne compte plus sur leur recouvrement pour améliorer sa trésorerie ou ses résultats futurs.

Ces créances ne constituent donc pas une nouvelle charge ayant aggravé le résultat de 2025. Leur dépréciation ayant déjà été comptabilisée, elles demeurent surtout un reliquat ancien dans le bilan, révélateur des faiblesses historiques du dispositif de vente à crédit et du suivi des comptes clients.

Le maintien de ces montants dans les livres oblige néanmoins la direction et le conseil d’administration à prendre une décision d’apurement, afin de retirer des comptes des créances dont les débiteurs sont décédés, disparus ou ne peuvent plus être identifiés.

La perte nette s’aggrave de 43 %

Cette situation est révélée dans un contexte de nouvelle dégradation des performances de l’entreprise publique. En 2025, la Sodepa a enregistré une perte nette de 2,127 milliards de FCFA, contre 1,490 milliard un an auparavant, soit une aggravation de 42,8 %.

Son chiffre d’affaires est pourtant resté presque stable, progressant légèrement de 2,181 milliards à 2,201 milliards de FCFA. Mais la valeur ajoutée a reculé de 1,085 milliard à 739,8 millions de FCFA, tandis que l’excédent brut d’exploitation s’est détérioré, passant de –913 millions à –1,387 milliard de FCFA.

Le résultat d’exploitation a ainsi plongé à –1,740 milliard de FCFA, contre –1,285 milliard en 2024. Les charges de personnel ont atteint 2,126 milliards de FCFA, soit un niveau presque équivalent au chiffre d’affaires annuel de l’entreprise.

La détérioration du résultat final a également été accentuée par les opérations hors activités ordinaires. Leur solde négatif est passé de 152 millions à 344,6 millions de FCFA, sous l’effet d’une hausse des charges hors activités ordinaires, de 365 millions à près de 463 millions de FCFA.

L’achat-revente de bétail génère une perte de 434,9 millions

Au-delà des anciennes créances, le commissaire aux comptes attire surtout l’attention sur les pertes générées par l’activité d’achat et de revente de bétail.

En 2025, cette branche a réalisé un chiffre d’affaires de 427,8 millions de FCFA, alors que le coût d’achat du bétail revendu a atteint 862,7 millions de FCFA. Il en résulte une marge négative de 434,9 millions de FCFA.

Le rapport d’audit relève plusieurs faiblesses : procédures d’approvisionnement insuffisamment maîtrisées, pesée des carcasses consignée sur des fiches manuelles dont la tenue n’est pas systématique, et confusion des rôles entre les équipes commerciales et financières chargées de l’encaissement des ventes.

Cette activité commerciale est donc structurellement déficitaire : pour 100 FCFA de ventes de bétail, la Sodepa a supporté plus de 200 FCFA de coûts d’achat, avant même la prise en compte des autres charges d’exploitation.

Une trésorerie soutenue par les financements publics

Malgré ses pertes opérationnelles, la Sodepa a terminé l’exercice avec une trésorerie nette comptable de 2,044 milliards de FCFA, contre 100,6 millions un an auparavant. Cette amélioration ne provient toutefois pas de l’exploitation.

Les activités opérationnelles ont consommé 654,2 millions de FCFA de trésorerie en 2025. La hausse de la trésorerie s’explique essentiellement par 1,973 milliard de FCFA de subventions d’investissement reçues et par 743,2 millions de FCFA de nouveaux emprunts.

Au bilan, les emprunts et dettes financières sont passés de 5,007 milliards à 5,750 milliards de FCFA. Les subventions d’investissement ont, elles, progressé de 11,028 milliards à 12,956 milliards de FCFA.

Ces financements sont notamment liés aux programmes publics destinés à moderniser les infrastructures et les capacités de production de la société. Mais les comptes de 2025 montrent que ces investissements ne se traduisent pas encore par un redressement de la rentabilité opérationnelle.

Le dossier des 92,7 millions de FCFA de créances irrécouvrables est ainsi moins un facteur de la perte actuelle qu’un symptôme de faiblesses anciennes dans la gestion commerciale. La priorité financière réside désormais dans le rétablissement des marges, la sécurisation des encaissements et le contrôle de l’activité d’achat-revente du bétail, qui a détruit à elle seule près de 435 millions de FCFA de valeur en 2025.

Amina Malloum





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