Plusieurs mois après le rachat de l’ex-Société Générale Cameroun, l’établissement bancaire n’a toujours pas de directeur général définitif. À Douala, on commence à s’agacer. Le poste reste vacant, les actionnaires s’affrontent en coulisses, et la COBAC scrute chaque candidature à la loupe. Une banque qui pesait parmi les cinq premières du pays ne peut pas rester aussi longtemps sans capitaine.
Un intérim qui traîne en longueur, et ça commence à se voir
La cession de la filiale camerounaise du groupe français, actée en 2024, s’inscrivait dans un désengagement plus large. Paris a aussi quitté le Congo, le Tchad, la Mauritanie, la Guinée équatoriale, le Burkina Faso et la Tunisie. Un tour de table associant capitaux locaux et régionaux a repris l’ex-SGC au Cameroun, deuxième économie de la CEMAC.
Sauf que la transition promise ne suit pas le calendrier espéré. La désignation d’un dirigeant agréé par la Commission bancaire de l’Afrique centrale reste suspendue à des arbitrages qui dépassent la simple gouvernance interne.
Le régulateur régional ne laisse rien passer.
Et pendant ce temps, le turnover des cadres intermédiaires s’accélère, les grands clients de l’énergie et de l’agro-industrie surveillent la situation de près. Franchement, aucune banque de cette taille ne peut se permettre une vacance aussi longue sans en payer le prix commercial.
Trois camps, un même établissement, et une place bancaire qui observe
Le vrai bras de fer oppose trois logiques. Les nouveaux actionnaires veulent installer un dirigeant aligné sur leur feuille de route. La COBAC impose ses lignes rouges prudentielles, héritage direct des mises sous administration qu’a connues la zone CEMAC ces dernières années. Les cadres historiques de l’ère Société Générale plaident, eux, pour une continuité managériale.
Derrière l’organigramme se joue une question plus large : banque universelle tournée vers le grand corporate, ou pivot vers les PME et les chaînes de valeur locales ? Les nouveaux propriétaires penchent visiblement vers un ancrage domestique renforcé.
C’est un dossier qui dépasse le cas de l’ex-SGC. Il servira de test, presque de jurisprudence, pour les futures reprises bancaires dans la sous-région. Difficile de ne pas y voir un signal envoyé à tous les investisseurs qui lorgnent les actifs européens encore en cession dans la zone.
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.
Email: laurentdiby@237online.com

