Une photo circule sur les réseaux sociaux camerounais. Paul Biya y apparaît comme le seul encore en vie parmi les personnalités qui y figurent. Pour ses partisans, c’est la preuve d’une grâce divine. Pour ses adversaires, la longévité n’a jamais été un brevet de bonne gouvernance. Le débat enflamme la toile depuis plusieurs jours.
Une image, deux lectures radicalement opposées
Du côté des soutiens du chef de l’État, le message est clair : si Dieu a épargné Paul Biya alors que ses contemporains sont partis, c’est qu’il est un homme hors du commun. « Le nombre d’années au pouvoir le justifie », écrit l’un d’eux. Pour cette frange de l’opinion, la longévité est une validation — politique, spirituelle, historique.
Mais la réplique ne s’est pas fait attendre. « La longévité sur terre ne fait pas la valeur d’un homme, mais ses œuvres », tranche Ngo’o Ketso. Un point de vue largement partagé dans les commentaires. Cyrille Konfo Ayissi pousse le raisonnement plus loin : « Jésus est mort à 33 ans mais 2000 ans plus tard on continue de parler de lui. Um Nyobe, Sankara sont morts à moins de 50 ans mais leur passage sur terre est marqué dans le marbre. »
D’autres vont encore plus loin. Bill Ewane écrit sans détour que la longévité peut être une punition autant qu’une grâce. Yann Chebela, plus posé, rappelle que vivre longtemps ne dit rien du bilan : « C’est bien évidemment une grâce, mais dans quel but ? Seules les œuvres de l’individu nous suffiront pour en tirer la conclusion. »
Un débat qui dépasse la photo
Derrière cette image, c’est tout le bilan des 43 ans de pouvoir de Paul Biya qui resurface. Le Cameroun reste classé parmi les pays les plus pauvres d’Afrique subsaharienne malgré ses ressources. La crise anglophone dure depuis 2016. Les indicateurs de développement humain stagnent.
Pour ses défenseurs, le président a maintenu la paix dans un pays à 10 régions et 250 ethnies. Pour ses critiques, rester au pouvoir n’est pas un exploit — c’est une question de rapport de forces. « Ne dure pas au pouvoir qui le veut, mais qui le peut », rappelle ironiquement l’un des commentateurs, reprenant une citation attribuée à Biya lui-même.
Ce débat, né d’une simple photo, dit en réalité quelque chose de profond sur le Cameroun : un pays où la question du bilan présidentiel reste entière, et où chaque image devient un terrain de confrontation politique.



