Il était l’un des derniers visages fixes d’un système politique qui change peu. Cavayé Yéguié Djibril, président de l’Assemblée nationale du Cameroun pendant trente-deux ans, est décédé ce mercredi 6 mai 2026 dans son village natal de Mada, dans l’Extrême-Nord. Il avait 86 ans. Avec lui disparaît une figure que beaucoup lisaient comme un révélateur — pas seulement d’une carrière, mais d’un mode de gouvernance.
Trente-deux ans au perchoir — ce que cette durée dit vraiment
- C’est l’année où Cavayé Yéguié Djibril prend la présidence de l’Assemblée nationale. Il ne la quittera qu’en mars 2025, affaibli, dans un état de santé visiblement dégradé. Trente-deux ans. Aucun président d’Assemblée en Afrique ne peut revendiquer une telle longévité.
Ce maintien ne relevait pas du hasard ni du seul protocole.
Dans un système où la fidélité est une valeur cardinale, Cavayé avait su rester utile sans jamais chercher à déborder. Homme de l’appareil, discret par choix autant que par tempérament, il s’était imposé comme un trait d’union entre le RDPC, l’administration politique et les équilibres régionaux. Son ancrage dans l’Extrême-Nord — région stratégique pour les équilibres nationaux — n’était pas un détail. C’était une partie de son capital.
Mais cette longévité portait aussi une critique. Faible rotation des élites, sentiment d’un système peu renouvelé, distance croissante entre institutions et citoyens. Ces reproches ne lui étaient pas adressés personnellement. Ils traversaient sa présence, parce qu’il en était le symbole le plus visible.
Mort deux mois après avoir quitté le perchoir
Il avait quitté le perchoir en mars 2025. Il est mort en mai 2026. Moins de quatorze mois séparent la fin du pouvoir de la fin de la vie.
C’est une coïncidence. Peut-être. Mais au Cameroun, comme ailleurs, on a souvent observé que certains hommes semblent tenir debout par la fonction autant que par la santé. Cavayé avait refusé d’être transféré à Yaoundé pour des soins. Il voulait mourir à Mada. Chez lui. Loin du perchoir qu’il avait occupé plus longtemps que n’importe qui.
Ce départ discret tranche avec trente-deux ans d’une présence institutionnelle massive. Pas de communiqué fracassant. Pas de cérémonie. Une inhumation le soir même, conformément à la tradition musulmane.
Ce que son parcours laisse, c’est une question simple que le Cameroun devra finir par traiter : comment organiser la transmission politique quand les mêmes visages occupent les mêmes postes pendant des décennies ? Cavayé n’a pas créé ce système. Mais il en a été l’un des exemples les plus lisibles.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.



