l’État reprend la main sur les communes


Introduction : Le ministère des Finances passe à l’action. Via la Direction générale des Impôts, l’État va placer ses propres agents dans les communes pour collecter la fiscalité locale, une mission que les mairies géraient jusqu’ici à leur manière. Un virage brutal, mais peut-être nécessaire. La prorogation d’un an des mandats communaux ne ressemble plus du tout à ce que certains maires espéraient.

Ce que change concrètement la réforme

Beaucoup pensaient que l’année supplémentaire accordée par décret était un cadeau. Elle ressemble plutôt à une mise sous surveillance.

En application de la loi de finances 2024, seule l’administration fiscale de l’État peut désormais émettre et recouvrer les redevances liées à l’occupation du domaine public aménagé par les collectivités territoriales décentralisées, notamment pour l’implantation des panneaux publicitaires. Des responsables de centres de collecte seront nommés directement par la DGI dans les communes. Les mairies perdent là une manne financière qu’elles contrôlaient sans toujours rendre de comptes.

C’est un signal clair.

Et ce n’est probablement pas le dernier. La réforme intervient dans un contexte où l’État reconnaît, depuis une vingtaine d’années, des compétences aux CTD sans que leur exercice effectif suive vraiment. Gestion des écoles primaires, centres de santé, adductions d’eau, éclairage public, collecte des déchets : les textes existent. L’exécution, beaucoup moins.

Les maires face à leurs responsabilités

Voici la vraie question : que font les maires de ces compétences transférées ?

À Bayangam, comme dans de nombreuses communes camerounaises, le réflexe reste le même. On attend l’État. Un conseiller municipal de cette commune aurait même soutenu que les mairies n’ont pas vocation à créer des richesses, parce qu’elles auraient « un volet social ». Pourtant, sans ressources propres, ce volet social reste une promesse en l’air.

Les communes disposent pourtant d’un potentiel réel : agricole, agro-industriel, minier, énergétique, humain. Encore faudrait-il que les exécutifs locaux commencent par cartographier ce potentiel, puis travaillent à attirer des investisseurs plutôt qu’à attendre des dotations de Yaoundé.

On ne sait pas encore combien de maires prendront ce virage d’ici 2026. Mais la pression monte.

L’échéance électorale approche. Ne sera plus maire qui veut, mais qui peut gérer, mobiliser, développer.

Laurent Diby

Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.


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