La question a surgi discrètement autour des obsèques officielles de Marcel Niat Njifenji. Le Président du Sénat en exercice pouvait-il représenter le Chef de l’État lors de cette cérémonie, lui qui y assistait déjà en tant que chef d’institution ? Pour le Professeur Vincent Sosthène Fouda, la réponse est non. Et il explique pourquoi ce « non » n’est pas une querelle de spécialistes.
Un principe simple que le protocole camerounais semble ignorer
Le raisonnement du Pr Fouda tient en une phrase. On ne peut pas porter deux casquettes dans la même procession. Représenter le Chef de l’État, c’est parler au nom d’une autorité supérieure. Présider le Sénat, c’est parler depuis sa propre autorité. Les deux gestes, exercés simultanément, dans le même acte public, par la même personne, créent une contradiction que le droit administratif ne peut pas absorber.
Ce n’est pas une subtilité. C’est la grammaire de base du fonctionnement institutionnel.
Le Président du Sénat aux obsèques de son prédécesseur n’est pas un invité parmi d’autres. Il représente la continuité de la Chambre haute, la mémoire de l’institution. Ce rôle-là est déjà entier, déjà lourd. Y greffer une délégation présidentielle revient à brouiller les lignes, à rendre illisible ce que la cérémonie est censée dire sur l’État.
Le protocole, rappelle le Pr Fouda en citant le théoricien Pierre-Henri de La Chapelle, ne se prête pas. Il s’exerce.
La solution existe, elle est connue depuis longtemps
Ce que propose le constitutionnaliste est simple. Le Président du Sénat assiste à la cérémonie en tant que chef de son institution. Le Chef de l’État se fait représenter par le Premier ministre, un ministre d’État, ou à défaut un directeur de cabinet. Chaque autorité est présente. Aucune ne se confond avec une autre.
Pourtant, ce type de confusion semble se reproduire au Cameroun sans que personne ne s’en offusque officiellement. C’est là que le texte du Pr Fouda dépasse le cas Niat Njifenji. Il pointe un problème plus large : le relâchement progressif du soin apporté aux formes républicaines, dans un pays où les rites d’État sont souvent traités comme des détails de second rang.
Ce n’est pas un détail.
La lisibilité de l’État passe par ces formes-là. Quand les rôles se chevauchent, quand les fonctions fusionnent, c’est la compréhension même de qui représente qui, et pour quoi, qui s’efface. Et cette confusion, une fois installée, est difficile à corriger.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.

