Le deuxième jour de sa visite au Cameroun, le pape Léon XIV a posé un acte fort. Ce jeudi, il s’est rendu à Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest, pour célébrer la messe avec la population locale et écouter ses souffrances. Une présence qui contraste douloureusement avec l’absence prolongée des plus hautes autorités camerounaises dans ces territoires meurtris.
Bamenda : une messe, une présence, un message
Le Saint-Père a été accueilli avec une ferveur immense dans cette ville du Nord-Ouest, en plein cœur des régions anglophones touchées par le conflit armé depuis 2016. Des milliers de fidèles se sont rassemblés pour partager ce moment historique avec lui.
Au-delà du rite religieux, la visite avait une dimension humaine et politique évidente. Le pape a pu entendre, de première main, les témoignages d’une population qui vit depuis près de 10 ans sous la menace des affrontements entre forces de défense et groupes séparatistes. Des déplacements massifs, des villages incendiés, des écoles fermées, des vies brisées.
Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest, est l’une des villes les plus affectées par cette crise que beaucoup au Cameroun et à l’étranger continuent d’appeler prudemment « la crise anglophone ».
Là où le chef de l’État ne va plus
Ce qui frappe dans cette visite, c’est le contraste. Le pape Léon XIV — arrivé au Cameroun il y a moins de 48 heures — a fait ce que Paul Biya, au pouvoir depuis 44 ans, ne fait plus : se rendre dans les régions anglophones.
Depuis le début de la crise, le président camerounais n’a effectué aucune visite officielle dans le Nord-Ouest ou le Sud-Ouest. Aucune présence sur le terrain. Aucun geste direct vers ces populations. La gestion du conflit est restée entièrement déléguée à l’armée et à quelques émissaires.
Le pape, lui, y est allé. Simplement. Sans blindés visibles, avec une croix et des mots de paix.
Pour beaucoup de Camerounais, ce déplacement à Bamenda est en lui-même un message politique — adressé non seulement aux populations anglophones, mais aussi à un pouvoir qui a longtemps fait comme si ces régions n’existaient qu’à travers la force.
Un immense merci s’est spontanément exprimé sur les réseaux sociaux camerounais à l’égard du Saint-Père. Pour s’être rendu là où d’autres avaient choisi l’absence.
La visite papale se poursuit. Mais ce déplacement à Bamenda restera, sans doute, son image la plus forte au Cameroun.



