Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun a officiellement saisi l’Union Africaine le 20 avril 2026. Dans un mémorandum adressé aux plus hautes instances de l’organisation continentale, le parti de Maurice Kamto dénonce ce qu’il appelle un « changement anticonstitutionnel de gouvernement » au Cameroun et réclame l’application de sanctions prévues par les textes de l’UA.
Ce que le MRC reproche au régime en place
Tout part de la loi n° 2026/002 du 14 avril 2026. Cette révision constitutionnelle crée un poste de Vice-Président de la République. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais le problème, selon le MRC, c’est le mécanisme prévu : ce Vice-Président serait nommé par le Président en exercice — et non élu — et pourrait achever un mandat présidentiel en cas de vacance du pouvoir.
Pour Kamto et son parti, c’est clair : le Président de la République se donne le droit de choisir son successeur. Sans passer par les urnes. Sans consulter le peuple.
Le MRC invoque l’article 64 de la Constitution camerounaise, qui interdit expressément toute atteinte aux « principes démocratiques ». Il pointe aussi les reports successifs des élections législatives — repoussées à deux reprises depuis 2024 — et des élections municipales. Des mandats prolongés par prorogations répétées, sans validation populaire. Le parti y voit une érosion délibérée de la légitimité des institutions représentatives.
Au total, deux griefs majeurs : un mécanisme successoral non électif et une suspension prolongée du suffrage. Combinés, ils forment selon le MRC les éléments constitutifs d’un changement anticonstitutionnel de gouvernement, tel que défini par l’Acte constitutif de l’UA et la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.
Une saisine continentale et un appel aux Camerounais
Le mémorandum a été transmis simultanément au Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UA et au Président de la Commission de l’UA. Le MRC demande l’application des mesures prévues contre ce type de changement de pouvoir — des sanctions que l’organisation africaine peut activer contre ses États membres en cas de violation des principes démocratiques.
C’est une démarche rare. Saisir l’UA contre son propre gouvernement engage la crédibilité d’un parti d’opposition. Le MRC l’assume.
Sur le terrain, Kamto appelle les Camerounais à signer massivement la pétition lancée contre cette révision constitutionnelle. Il met en garde contre « l’indifférence » et la « distraction » qui, selon lui, pourraient faciliter l’installation d’une monarchie de fait au Cameroun.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.



