En 2019, le président Denis Sassou Nguesso annonçait à la nation congolaise une découverte historique : 359 millions de barils sur le bloc Ngoki, avec une capacité de production de 900 000 barils par jour. Derrière cette annonce, un homme, Willy Etoka, présenté comme le plus riche du Congo-Brazzaville. Cinq ans plus tard, le bloc Ngoki n’a produit aucun baril commercial. Les questions s’accumulent.
Une annonce présidentielle, des chiffres qui ne tiennent plus
L’affaire commence fort. En août 2019, c’est Sassou Nguesso lui-même qui monte au créneau pour présenter la découverte de la société Petroleum Exploration and Production Africa, détenue à plus de 99 % par Etoka. Les chiffres annoncés auraient, si confirmés, pratiquement quadruplé la production pétrolière quotidienne du pays du jour au lendemain. Un événement de cette ampleur, dans un pays qui dépend massivement des revenus pétroliers, ne pouvait pas passer inaperçu.
Pourtant, TotalEnergies et Shell avaient, avant cette annonce, décliné toute participation dans ce bloc, jugeant le projet trop risqué et les réserves trop limitées. Deux majors du secteur qui connaissent leur métier.
Les enquêtes publiées ensuite par Global Witness, Der Spiegel, Mediapart et le réseau European Investigative Collaborations ont mis à nu les failles du dossier. Selon ces investigations, la découverte aurait été largement exagérée, construite sur des projections que les données techniques ne justifiaient pas. Willy Etoka aurait lui-même reconnu en privé que le potentiel réel de production serait environ sept fois inférieur aux chiffres officiels. Sept fois.
Un scandale aux ramifications multiples
C’est là que ça devient sérieux.
La société française SMP Drilling a engagé une procédure de réclamation de 4,5 millions d’euros pour factures impayées liées au chantier Ngoki. Un sous-traitant qui réclame son dû, c’est rarement bon signe sur l’état réel d’un projet présenté comme historique.
Qu’est-ce que cela dit de la gouvernance pétrolière en Afrique centrale ? Difficile de ne pas poser la question. Le Congo-Brazzaville n’est pas un cas isolé, mais l’ampleur des écarts entre les annonces officielles et la réalité de terrain reste frappante. Des chiffres gonflés présentés lors d’un discours présidentiel, des géants du secteur qui avaient vu juste en se retirant, un projet qui tourne à vide.
Pour les entreprises camerounaises et d’Afrique centrale qui suivent les dynamiques pétrolières régionales, ce type d’affaire rappelle que les annonces de « méga-gisements » méritent toujours d’être recoupées avant d’être intégrées dans des analyses économiques.
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l’actualité politique et diplomatique du continent africain.

