Le 16 avril 2026, le pape Léon XIV a atterri à Bamenda-Bafut Airport sur une piste réhabilitée en urgence. Un atterrissage qui marque la réouverture officielle d’un aéroport fermé depuis décembre 2019, après des tirs séparatistes sur un appareil de Camair-Co. Six ans d’isolement aérien pour une région déjà meurtrie par la crise anglophone. La visite papale a rendu possible ce que la politique seule n’avait pas réussi à accomplir.
Une piste, deux visites papales, quarante et un ans d’écart
L’histoire de Bamenda-Bafut Airport — code IATA BPC, altitude 1 239 mètres — commence en 1985, quand Paul Biya inaugure une piste de 2 500 mètres taillée dans le basalte des hauts plateaux du Nord-Ouest. Un geste politique autant qu’infrastructurel, dans un pays où la réunification de 1961 entre parties francophone et anglophone reste encore fragile.
Cette même année, Jean-Paul II atterrit sur ce tarmac tout neuf et y célèbre une messe en plein air. L’aéroport a quelques mois d’existence. Il accueille déjà un moment qui entrera dans la mémoire collective des catholiques du Nord-Ouest camerounais.
Les décennies suivantes sont moins glorieuses. L’infrastructure végète, sous-exploitée. Il faut attendre le 20 juillet 2017 pour que Camair-Co ouvre enfin des liaisons commerciales régulières vers Douala et Yaoundé. La région respire. Pas pour longtemps.
Le 1er décembre 2019, des tirs séparatistes percent le fuselage d’un appareil en approche. Pas de blessés, mais l’image suffit. L’aéroport ferme. Pendant cinq ans, la piste sert à des usages militaires. Sur le tarmac de Jean-Paul II, les herbes poussent entre les dalles.
Quarante et un ans après, le béton et la foi
Pour accueillir Léon XIV, les équipes de l’Aéroport du Cameroun et de la Cameroon Civil Aviation Authority travaillent en urgence. Fin mars 2026, les vols-tests sont concluants : un Boeing 737 et un Q-400 de Camair-Co se posent sans incident. L’infrastructure tient.
Parallèlement, une alliance séparatiste annonce un cessez-le-feu de trois jours. Le ciel reste silencieux. Léon XIV atterrit à 10h40. Sur la route vers la cathédrale Saint-Joseph, des milliers de fidèles bordent le trajet depuis l’aube. Beaucoup n’avaient plus vu d’avion commercial ici depuis cinq ans.
Sur ce même tarmac, quarante et un ans après Jean-Paul II, Léon XIV célèbre une messe pontificale devant près de 20 000 fidèles — dont de nombreux déplacés internes et survivants du conflit. Mgr Andrew Fuanya Nkea, archevêque de Bamenda, lui dit : « Vous êtes venu vers nous comme le Bon Pasteur qui n’abandonne jamais son troupeau. »
Le pape répond avec une formule gravée dans le béton de ce lieu : « Il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas pour reconstruire. »
L’engagement est pris : les vols réguliers reprendront. L’aéroport ne refermera pas après le départ du pape. Jean-Paul II était venu en 1985 pour symboliser la connexion. Léon XIV est venu en 2026 pour la restaurer — avec une piste aux normes Boeing 737 pour le prouver.



