la vérité derrière le démenti du LANACOME


Une conférence de presse tenue le 12 août à l’Hôtel La Falaise de Yaoundé, et derrière, une entreprise qui se dit victime d’une campagne de dénigrement. La Société François Santé SARL a présenté un démenti formel face aux allégations selon lesquelles le Bôme François serait « impropre à la consommation », des accusations attribuées au Laboratoire National de Contrôle de Qualité des Médicaments et d’Expertise. Le produit, un baume de soin, se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse largement le cadre commercial.

Ce que dit l’entreprise, ce que révèlent les documents

Franchement, quand on lit le dossier de presse distribué ce jour-là, on comprend vite que l’entreprise ne compte pas se contenter d’un simple communiqué poli. La Société François Santé SARL affirme qu’aucun rapport d’expertise officiel, aucun communiqué signé de la direction du LANACOME n’a été produit par les personnes à l’origine des accusations. Le mot est lâché sans détour : « cabale ».

Le cœur de l’affaire tourne autour d’une convention signée en juillet 2025 entre le promoteur du Bôme François et le LANACOME, dans le cadre plus large de la convention MINMESA-LANACOME. Cette convention porte sur un accompagnement technique, pas sur une sanction. C’est là que le discours de l’entreprise prend tout son sens. Le LANACOME, précise le dossier, n’aurait jamais émis de condamnation à l’encontre de la société. Il s’agirait au contraire d’un partenariat institutionnel actif, toujours en cours d’exécution à ce jour.

Un séminaire de formation a eu lieu le 11 novembre 2025. Objet : les Procédures Opérationnelles Standardisées et la traçabilité des lots. Six fiches de suivi ont été mises en place, de la réception des matières premières jusqu’au stockage du produit fini. Le document parle d’un taux de réalisation de 60% sur le volet formation, un chiffre que l’entreprise brandit comme preuve de sa bonne foi.

Le bilan est présenté comme largement positif par la direction.

Mais entre fin juillet et début août 2026, tout bascule. Une campagne de dénigrement démarre sur les réseaux sociaux, reprise ensuite par certains médias locaux. C’est cette séquence qui a poussé l’entreprise à organiser sa conférence de presse, dix jours plus tard, pour tenter de reprendre le contrôle du narratif.

Le programme de l’événement, minuté à la minute près, donne le ton. Hymne national à 9h52, déclaration du Directeur Général à 10h05, questions-réponses limitées à deux échanges maximum. Une organisation qui laisse peu de place à l’improvisation, et qui trahit une volonté de maîtriser totalement la communication autour de ce dossier sensible.

Une affaire qui dépasse le cadre d’un simple baume

Le truc, c’est que cette histoire ne se limite pas à une querelle entre une entreprise et ses détracteurs anonymes. La Société François Santé SARL choisit d’inscrire sa défense dans un registre plus large, celui du « Made in Cameroon » et de la politique d’import-substitution portée par les pouvoirs publics. Le dossier de presse évoque une « iniquité de traitement » sur le marché local, pointant du doigt des baumes concurrents importés ou fabriqués sans aucun contrôle du LANACOME.

Difficile de ne pas y voir une stratégie de communication bien rodée. L’entreprise se positionne comme la victime transparente d’un système où d’autres acteurs, moins regardants sur les normes, évolueraient sans contrainte. Le document va jusqu’à qualifier la campagne de dénigrement d’ »agissements anti-républicains », un vocabulaire qui tranche nettement avec le registre habituel d’un simple démenti commercial.

On attendait peut-être une réponse plus mesurée sur ce point. Le ton choisi, entre indignation et offensive juridique, montre à quel point l’enjeu financier et réputationnel pèse lourd pour cette entreprise camerounaise. Des poursuites judiciaires sont annoncées, pour diffamation, cybercriminalité et concurrence déloyale, contre les auteurs et relais de la campagne incriminée.

L’entreprise sollicite aussi une intervention des autorités de régulation, pour imposer un contrôle de conformité obligatoire à tous les baumes commercialisés au Cameroun, importés comme locaux. Une demande qui, si elle est suivie, changerait la donne pour tout un secteur resté jusqu’ici largement informel.

Reste une question qui n’a pas de réponse immédiate à ce stade. Le LANACOME lui-même n’a pas confirmé publiquement, à notre connaissance, la teneur exacte de ses échanges avec la Société François Santé SARL. Le dossier présenté ce 12 août repose essentiellement sur des documents produits par l’entreprise elle-même, la convention de juillet 2025 et le compte-rendu du séminaire de novembre. Rien ne confirme à ce stade la version des détracteurs, mais rien n’infirme non plus totalement l’existence d’observations critiques qui auraient pu circuler en amont.

C’est un dossier à suivre de près. Le signal envoyé est clair, une entreprise locale qui refuse de se laisser abattre par une controverse virale, mais dont la défense, aussi documentée soit-elle, laisse encore des zones d’ombre sur l’origine exacte des accusations initiales. On ne sait pas encore si le LANACOME apportera sa propre version des faits dans les prochains jours.

L’affaire illustre aussi une tension plus générale entre les petites unités de production locales et les circuits de distribution parallèles, ceux-là mêmes que l’entreprise accuse d’opérer sans aucun contrôle. Si les accusations portées par la Société François Santé SARL se confirment, c’est tout un pan de l’économie informelle du secteur cosmétique et paramédical qui pourrait se retrouver sous le feu des projecteurs. Le baume artisanal, produit du quotidien dans de nombreux foyers camerounais, se retrouve ainsi propulsé au centre d’un débat qui touche à la fois la santé publique, la concurrence économique et la souveraineté industrielle nationale.

Laurent Diby

Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.
Email: laurentdiby@237online.com


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