La France interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès septembre prochain. L’Assemblée nationale a voté ce texte mardi dernier, 279 voix contre 81, après le Sénat. Franchement, la nouvelle interpelle jusqu’à Yaoundé. Si un adolescent français de 15 ans a déjà l’autonomie numérique d’un jeune camerounais bien plus âgé, la question se pose autrement chez nous.
Ce que prévoit la loi française
Le texte français prévoit la mise en place de dispositifs de vérification d’âge sur les plateformes. Les téléphones portables seront aussi interdits dans les lycées. Une mesure radicale.
L’objectif affiché, c’est la santé mentale des enfants et adolescents. Personne ne s’y est vraiment opposé au Parlement français, ou presque, vu l’écart des voix. Le Sénat avait déjà donné son feu vert avant l’Assemblée.
Reste que la comparaison avec le Cameroun met en évidence un décalage. Un adolescent français de 15 ans grandit dans un environnement d’autonomie précoce, indépendance financière parfois, mobilité, accès libre à l’information. Un jeune camerounais de 15 ans, lui, vit encore largement sous l’autorité familiale, souvent jusqu’à ses 20 ans passés.
Le Cameroun doit-il légiférer autrement ?
Le parallèle a de quoi faire réfléchir une rédaction entière. Si l’émancipation d’un ado français de 15 ans équivaut à celle d’un jeune camerounais de 21 ans, la question devient logique : pourquoi ne pas repenser l’accès aux réseaux sociaux selon nos propres réalités sociales, et non calquer bêtement le modèle occidental ?
Le débat n’existe pas encore, ou très peu, dans les institutions camerounaises. Aucun texte ne prévoit à ce stade une restriction d’âge sur les réseaux sociaux au Cameroun. Rien ne confirme non plus qu’une telle mesure serait applicable, vu le manque d’infrastructures de vérification d’identité numérique dans le pays.
C’est un vrai sujet de société qu’on esquive.
Difficile de ne pas y voir une occasion manquée pour le Cameroun de se positionner sur cette question, pendant que d’autres pays avancent. Les jeunes camerounais passent des heures sur TikTok ou Facebook sans aucun encadrement légal, et personne, ni au ministère de la Jeunesse ni ailleurs, ne semble s’en préoccuper vraiment.
Faut-il attendre un drame pour agir ?
Journaliste international pour 237online.com, Rodrigue Batag décrypte l’actualité mondiale avec un regard ancré dans les réalités africaines et camerounaises.

