La coopération sino-camerounaise a construit des routes, des barrages, des réseaux. Des décennies de relations diplomatiques que tout le monde cite en exemple. Mais depuis plusieurs mois, une série d’affaires impliquant des ressortissants chinois au Cameroun vient fissurer ce récit. Des abus contractuels, des violences filmées, des procédures judiciaires qui n’aboutissent pas. Le signal est mauvais — et il se répète.
SHAO QING et les autres — des affaires qui s’accumulent
Le cas revient souvent. Monsieur SHAO QING, directeur général de la Société Forestière de l’Équateur (SFE), basée à Douala, est accusé par un partenaire camerounais de n’avoir jamais honoré ses engagements contractuels. Les procédures engagées devant les tribunaux de Douala n’ont produit aucun résultat. Aucun.
Ce n’est pas un cas isolé. C’est là le problème.
Chaque semaine ou presque, un nouveau cas remonte — abus de confiance, humiliations, traitements dégradants envers des Camerounais. Le plus récent a particulièrement choqué : un ressortissant chinois, via l’un de ses employés, aurait infligé à un compatriote camerounais des traitements que beaucoup ont qualifié d’inhumains. Les images ont circulé. La colère, elle, ne redescend pas facilement.
Ce que décrivent ces affaires, c’est un schéma. Des opérateurs qui profitent des lenteurs administratives, de complicités locales, et d’une certaine impunité pour imposer des pratiques que rien ne justifie.
Une coopération fragilisée à un moment stratégique
Mauvais timing. L’Union européenne pousse son programme Global Gateway sur le continent africain, cherchant explicitement à concurrencer l’influence chinoise. Les abus de quelques opérateurs deviennent des arguments géopolitiques que d’autres s’empresseront d’utiliser.
Pourtant, personne ne remet en cause la coopération elle-même. Ce que les Camerounais rejettent, c’est une relation déséquilibrée, où le respect ne circule que dans un sens. Les partenaires économiques camerounais établis en Chine sont soumis aux lois locales. La réciprocité devrait aller de soi.
L’ambassade de Chine à Yaoundé a un rôle à jouer ici. Pas symboliquement — réellement. Rappeler à l’ordre, sensibiliser, et surtout envoyer un signal clair à ceux qui confondent coopération et impunité.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un nouveau rapport de domination habillé en partenariat. C’est une phrase simple. Elle résume quarante ans de frustrations accumulées.
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l’énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.



