C’est une histoire qui se chuchote dans les couloirs du ministère de la Défense à Yaoundé depuis des années. Un soir de 2017, une conseillère du ministre aurait échappé à une tentative d’agression sexuelle de son supérieur, le colonel Didier Badjeck, avant de se retrouver elle-même accusée et suspendue. Le récit est relayé par le journaliste et lanceur d’alerte Paul Chouta.
Un soir de 2017 qui bascule tout
C’était vers 18 heures, un soir de l’année 2017. Olive Ngobo officiait alors comme conseillère du ministre de la Défense, en service à la Division de la Communication (DIVCOM/MINDEF), au sein du cabinet ministériel. Le colonel Didier Badjeck dirigeait à l’époque cette division et occupait aussi les fonctions de porte-parole de l’armée.
La quasi-totalité du personnel avait déjà quitté les locaux. Selon le récit de Paul Chouta, Badjeck aurait retenu Olive Ngobo sous prétexte de lui confier une mission urgente. Une fois dans son bureau, il aurait fermé la porte, tenté de l’agresser sexuellement. Olive Ngobo se serait défendue farouchement, allant jusqu’à déchirer la tenue de son agresseur présumé et à lui arracher son arme alors qu’il tentait de la menacer avec.
Une victime accusée à son tour
Pour éviter toute dénonciation, le colonel aurait alors mis en scène sa propre agression, déchirant son débardeur avec un couteau à fruit avant de courir alerter le ministre Beti Assomo, l’accusant d’avoir tenté de le tuer.
Olive Ngobo est immédiatement suspendue pour six mois. Chômage technique, salaire coupé. Mais elle ne s’est pas laissée faire. Elle saisit le tribunal administratif de Yaoundé contre le ministère.
Une réhabilitation après plusieurs plaintes ignorées
Le ministère aurait tenté de couvrir Badjeck. Mais Olive Ngobo avait déjà, par le passé, alerté Beti Assomo à plusieurs reprises sur le harcèlement qu’elle subissait. Ces plaintes étaient restées sans suite jusque-là.
Quand le tribunal a exhibé ces preuves de démarches antérieures, le ministre a dû reculer. Olive Ngobo a finalement été réhabilitée, avec en prime une promotion.
Diplômée de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), elle avait travaillé au Conseil de sécurité des Nations unies avant d’être sollicitée par feu Martin Belinga Eboutou pour rejoindre le ministère de la Défense.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

