Le gouvernement camerounais a convoqué l’ambassadeur de Russie à Yaoundé, Georgy Todua, le 7 avril 2026. Motif : obtenir des explications sur le sort de ressortissants camerounais partis en Russie pour des projets civils et retrouvés sur les lignes de front dans le Donbass. Une démarche diplomatique rare, qui traduit une inquiétude croissante de Yaoundé face à ce dossier sensible.
Les faits : 16 morts confirmés, des centaines engagés
Le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a reçu l’ambassadeur russe pour un tête-à-tête bref mais direct. Résultat concret : Moscou a transmis une note verbale confirmant officiellement la mort de 16 ressortissants camerounais engagés comme militaires contractuels dans les forces russes.
Ce chiffre est pourtant contesté. Plusieurs enquêtes indépendantes évoquent entre 94 et 96 morts, pour un contingent estimé à plus de 330 voire 335 Camerounais actuellement enrôlés côté russe. Selon des sources concordantes, plus de 1 700 Africains seraient mobilisés au total aux côtés des forces russes.
Le schéma de recrutement est préoccupant : des jeunes partent à l’étranger pour des emplois civils ou des opportunités académiques, avant d’être orientés vers des formations militaires accélérées puis envoyés au front, dans des conditions floues voire contraintes.
Un dilemme diplomatique pour Yaoundé
Cette affaire place le Cameroun dans une position délicate. Les relations entre Yaoundé et Moscou reposent sur un partenariat historique dans les domaines sécuritaire, économique et éducatif. Remettre en cause ce lien a un coût politique. Mais laisser mourir des ressortissants sans réagir en a un autre.
Dans les familles, l’angoisse est réelle. Beaucoup tentent de reconstituer le parcours de leurs proches entre silence officiel, informations fragmentaires et annonces tardives. Les autorités camerounaises appellent désormais les familles à se rapprocher des services compétents pour signaler les cas.
Cette séquence révèle surtout la vulnérabilité d’une jeunesse en quête d’opportunités, exposée à des réseaux transnationaux de recrutement qui opèrent bien au-delà des frontières camerounaises.
La convocation de l’ambassadeur russe marque un tournant dans la gestion de ce dossier. Yaoundé ne peut plus rester silencieux. Les prochaines semaines diront si Moscou accepte une transparence totale — ou si la diplomatie continuera de primer sur la vérité.



