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Cameroun – Pisciculture : un jeune de Ngoumou défie les importations


Alors que le Cameroun dépense chaque année plusieurs milliards pour importer du poisson congelé, un jeune étudiant camerounais formé en Russie relève le défi de produire localement.
À Ngoumou, dans la Mefou-et-Akono, Durel Ebene Assiga, 25 ans, a investi ses économies dans une ferme piscicole pour approvisionner sa communauté en poisson frais.
« Ce n’est pas facile, mais je crois que le poisson camerounais peut nourrir les familles à moindre coût », confie-t-il.
Peut-on vraiment réduire les importations grâce à des initiatives locales comme la sienne ?

Un étudiant devenu entrepreneur rural

Originaire d’un village entouré de marécages, Durel Ebene Assiga, étudiant à l’Université d’État de Mitchourinsk (Russie), a lancé en 2023 une petite ferme piscicole à Ngoumou.
Il produit actuellement environ deux tonnes de tilapia et de poisson-chat par an, un volume modeste mais symbolique dans une région où le poisson importé domine le marché.

« J’ai voulu apprendre un métier utile tout en aidant ma communauté », explique-t-il avec fierté.

Vendu entre 2 200 et 2 800 F le kilo, son poisson frais attire les restaurants et ménages locaux. Sa petite équipe emploie déjà quelques jeunes du village, créant ainsi une dynamique économique autour de la production locale.

Le Cameroun importe trop de poisson

Chaque année, le Cameroun importe plus de 200 000 tonnes de poisson congelé, selon le ministère de l’Élevage, de la Pêche et des Industries animales.
Une dépendance coûteuse qui pèse lourd sur la balance commerciale.
Durel l’a compris : « On ne peut pas continuer à importer ce qu’on peut produire nous-mêmes. Le poisson local peut nourrir le pays. »

Mais les obstacles restent nombreux :

  • manque d’alevins de qualité,
  • coût élevé de l’alimentation,
  • difficultés à coordonner les équipes à distance,
  • coupures d’électricité et absence de subventions.

« Je finance tout avec mes économies. Les prêts sont rares, et les aliments pour poissons viennent souvent de l’étranger », déplore-t-il.

Des solutions pour relancer la production nationale

Pour ce jeune entrepreneur, la clé réside dans la formation et l’accompagnement.

« Il faut d’abord former les jeunes à la pisciculture moderne, puis subventionner les aliments et les alevins », suggère-t-il.

Durel Ebene propose également de créer des stations d’alevins dans les zones rurales et d’accorder des microcrédits sans intérêts aux jeunes producteurs.
Selon lui, « si les Camerounais consommaient davantage le poisson local, les importations chuteraient de moitié ».

Le gouvernement a déjà évoqué des politiques d’import-substitution, mais les initiatives privées comme celle de Ngoumou montrent que la jeunesse camerounaise n’attend plus les subventions pour agir.

L’histoire de Durel Ebene Assiga illustre une vérité simple : le développement du Cameroun passera aussi par la foi et le courage de ses jeunes entrepreneurs.
Sa petite ferme est peut-être modeste, mais elle symbolise une génération qui refuse la résignation.
La question demeure : et si la souveraineté alimentaire camerounaise commençait dans les marécages de Ngoumou ?



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