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Cameroun – Farines locales : succès des pains au manioc


À Yaoundé, les boulangeries ne désemplissent plus ! Depuis quelques mois, les pains, beignets et biscuits à base de manioc, de riz ou de patate douce s’arrachent comme des petits pains. « Je préfère le pain au manioc, il est plus léger et me coûte moins cher », confie Mireille, vendeuse au marché Mokolo. Ce changement d’habitude alimentaire ne doit rien au hasard : il révèle une transformation silencieuse de l’économie boulangère camerounaise. Le pays serait-il en train de tourner la page du blé importé ?

Quand la crise du blé redessine nos boulangeries

Tout est parti de la crise russo-ukrainienne, qui a bouleversé les importations de blé. Le Cameroun, dépendant à près de 80 % de cette denrée, a dû se réinventer. « Nous n’avions plus le choix », explique Dieudonné N., maître-boulanger à Yaoundé. « Le prix du sac de farine importée a explosé, on a dû tester autre chose. »

Les alternatives locales se sont vite imposées : manioc, patate douce, riz, plantain… Des produits cultivés sur place, plus abordables et souvent plus digestes. Dans plusieurs boulangeries de la capitale, ces farines “made in Cameroun” sont désormais intégrées aux recettes quotidiennes, parfois à hauteur de 30 % à 50 %.

Et le succès est bien réel : une baguette au manioc se vend entre 100 F et 200 F CFA, selon les quartiers, attirant les familles à petit budget.

Une innovation locale qui séduit le consommateur

Au-delà de l’économie, ces farines locales offrent aussi des avantages nutritionnels. Elles contiennent moins de gluten et davantage de fibres. « Je digère mieux le pain à la patate douce », raconte Georges, un habitué de la boulangerie Acacias.

L’État a d’ailleurs pris la mesure du phénomène. L’Agence des Normes et de la Qualité (ANOR) a introduit cinq nouvelles normes en 2024 pour encadrer la production des farines locales : manioc, banane-plantain, patate douce, mil et chandelle. Objectif : garantir la sécurité alimentaire et encourager la transformation locale.

Selon les chiffres du ministère du Commerce, cette dynamique a permis de réduire les importations de blé, estimées à 178,3 milliards F CFA en 2023, tout en créant de nouveaux emplois dans les filières agroalimentaires régionales.

Vers une révolution boulangère “made in Cameroun” ?

Le mouvement gagne même Douala, Bafoussam et Garoua. Certaines enseignes testent des croissants à base de farine de riz, ou des madeleines au manioc ! Une preuve que la créativité camerounaise peut transformer la contrainte en opportunité.

Reste à savoir si cette tendance survivra au retour de la stabilité mondiale des prix du blé. Mais une chose est sûre : le goût du Cameroun a changé. Et comme le dit si bien un client du marché Nsam : « Quand c’est local, c’est encore meilleur ! »



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