CAA : le Cameroun prépare son accès direct aux financements du Fonds vert pour le climat


(Investir au Cameroun) – La Caisse autonome d’amortissement (CAA) a engagé un processus d’accréditation auprès du Fonds vert pour le climat (FVC), avec l’ambition de devenir une entité nationale capable de mobiliser et de gérer directement des ressources internationales destinées aux projets climatiques.

Dans cette perspective, l’établissement public chargé de la gestion de la dette et des financements publics a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour recruter des consultants chargés de renforcer son cadre institutionnel. L’avis, daté du 16 juin 2026, est financé sur le budget 2026 de la CAA.

L’opération ne se limite pas à la production de nouveaux manuels internes. Elle doit permettre à la CAA de démontrer qu’elle respecte les exigences du FVC en matière de gestion financière, de gouvernance, de transparence, de passation des marchés, de sauvegardes environnementales et sociales ainsi que de protection des parties prenantes.

Si elle obtient cette accréditation, la CAA pourrait intervenir dans l’identification, la préparation, la mise en œuvre et le suivi-évaluation des projets climatiques financés au Cameroun.

Quatre blocs de conformité à mettre en place

Les prestations ont été réparties en quatre lots distincts. Le premier porte sur l’élaboration d’une politique environnementale et sociale, d’un système de gestion environnementale et sociale et d’une stratégie climat. Il comprend également une note d’engagement envers les peuples autochtones, des outils de gestion des risques ainsi qu’un programme de renforcement des capacités du personnel.

Le deuxième lot concerne la politique institutionnelle en matière de genre et la prévention de l’exploitation, des abus et du harcèlement sexuels. Le consultant devra notamment réaliser un audit des pratiques actuelles de la CAA, élaborer un code de conduite et concevoir des outils d’intégration du genre dans le cycle des projets.

Le troisième volet porte sur l’intégrité institutionnelle. Il prévoit la création d’un mécanisme de gestion des griefs, d’un dispositif de protection des lanceurs d’alerte et de procédures particulières pour le traitement des plaintes sensibles, notamment celles liées aux questions environnementales, sociales et aux violences basées sur le genre.

Enfin, le quatrième lot doit aboutir à un avis juridique externe sur la capacité de la CAA à être accréditée. Cet examen devra notamment confirmer sa personnalité juridique, son autonomie administrative et financière ainsi que son aptitude à conclure des accords, recevoir des ressources internationales, les gérer et ester en justice.

Cette dernière mission est stratégique. Elle vise à déterminer si le cadre juridique actuel de la CAA lui permet d’assumer les responsabilités fiduciaires liées à la gestion directe des financements du Fonds vert.

Réduire le recours aux intermédiaires internationaux

L’accréditation directe permettrait à la CAA de changer de dimension. Au-delà de ses activités traditionnelles de gestion de la dette publique, de financement des projets et de gestion des marchés de capitaux, l’établissement deviendrait un opérateur national de mobilisation des ressources climatiques.

La CAA indique qu’elle serait appelée à jouer un rôle central dans la structuration, la mobilisation et la gestion des financements climatiques au niveau national. Elle pourrait ainsi accompagner les projets depuis leur identification jusqu’à leur mise en œuvre, tout en assurant le respect des standards internationaux.

Pour le Cameroun, l’enjeu est de renforcer la maîtrise nationale du processus de financement des projets d’adaptation et d’atténuation. L’accès direct pourrait limiter le recours systématique à des institutions internationales accréditées pour présenter, administrer ou superviser les projets camerounais.

Mais cette autonomie s’accompagne d’exigences élevées. La CAA devra démontrer qu’elle dispose de mécanismes robustes de contrôle, de gestion des risques, de transparence, de prévention des abus et de traitement des plaintes.

Le document montre ainsi que l’accréditation ne constitue pas une simple formalité administrative. Elle implique une transformation profonde des procédures de gouvernance et de conformité de l’établissement public.

Jusqu’à 90 jours pour élaborer les nouvelles politiques

Les missions relatives aux politiques environnementales et sociales, au genre et à l’intégrité institutionnelle doivent chacune être exécutées en 90 jours calendaires. Le délai prévu pour l’avis juridique externe est de 14 jours.

Les candidats peuvent être des consultants individuels, des cabinets d’expertise ou des bureaux d’études camerounais ou étrangers. Ils doivent justifier d’une expérience dans l’élaboration de politiques institutionnelles et d’une bonne connaissance des exigences du Fonds vert pour le climat, de la Banque mondiale, de la Société financière internationale ou d’autres partenaires techniques et financiers.

Pour le lot juridique, l’expert principal doit notamment être inscrit à l’Ordre des avocats du Cameroun, appartenir à un cabinet habilité à exercer dans le pays et justifier d’au moins dix années d’expérience professionnelle.

Initialement fixée au 8 juillet 2026, la date limite de remise des candidatures a été reportée au 21 juillet à 14 heures par un additif publié par la CAA.

L’obtention de l’accréditation n’est cependant pas automatique. Le recrutement des consultants et l’élaboration des politiques constituent seulement une étape préparatoire. La CAA devra ensuite soumettre son dispositif à l’évaluation du Fonds vert pour le climat.

En cas d’issue favorable, elle deviendrait un canal direct de mobilisation des financements climatiques internationaux. Le Cameroun disposerait alors d’un instrument national capable de structurer et de porter des projets dans des secteurs tels que l’agriculture résiliente, l’énergie, les infrastructures, la gestion de l’eau ou la protection contre les catastrophes climatiques.

Amina Malloum





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