Un audit en cours à l’Assemblée nationale du Cameroun vient de mettre au jour une anomalie massive : plus de 150 agents fictifs identifiés entre le cabinet et le secrétariat général. Une révélation qui pointe directement vers trois décennies de gouvernance ininterrompue sous la présidence de Cavaye Yeguie Djibril, en poste depuis 1992. Un constat qui dépasse la simple bavure administrative.
Les chiffres d’un système installé dans la durée
L’audit conduit par Datouo Théodore ne découvre pas une anomalie isolée. Il met à nu un dispositif qui a prospéré dans le temps. Plus de 150 fonctionnaires fantômes auraient été inscrits dans les fichiers, validés administrativement, et maintenus dans le circuit de paie — sans jamais exercer de fonction réelle.
Ce mécanisme n’est pas automatique. Il suppose des inscriptions irrégulières, des signatures, des absences volontaires de vérification à plusieurs niveaux de la hiérarchie. Ce n’est pas une dérive marginale. C’est un système.
La conclusion qui s’impose est difficile à contourner : après 33 ans à la tête d’une institution, il n’est plus possible d’invoquer l’héritage, l’ignorance ou le manque de temps pour réformer. La longévité transforme la nature de la responsabilité.
Une institution parlementaire qui reproduit les dérives qu’elle est censée encadrer
À l’échelle nationale, le phénomène est connu. Depuis 2019, plus de 10 000 agents fictifs ont été supprimés du fichier solde camerounais, pour une économie estimée à 30 milliards de FCFA par an. Des opérations COPPE successives — dont 1 172 radiations en novembre 2024 — confirment l’ampleur du problème dans l’administration publique.
Mais l’Assemblée nationale n’est pas une administration ordinaire. C’est l’institution qui vote la loi et contrôle l’exécutif. Si elle reproduit les pratiques qu’elle est censée surveiller, elle perd toute crédibilité comme référence institutionnelle.
La question de la COPPE se pose aussi directement : si cette opération a effectivement couvert l’Assemblée nationale, comment ces agents fictifs ont-ils survécu ? Soit le contrôle a été superficiel, soit ses résultats ont été neutralisés. Dans les deux cas, l’assainissement n’a pas eu lieu.
L’audit de Datouo Théodore ouvre une fenêtre rare. Mais les précédents camerounais montrent que l’exposition des chiffres ne suffit pas. Sans nomination précise des responsabilités — y compris au niveau décisionnel — et sans mécanisme de contrôle permanent, cette opération risque de rester un exercice comptable sans lendemain.



