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Mort d’Alexis Dipanda Mouelle, ce 4 mai 2026 à Yaoundé


Alexis Dipanda Mouelle s’est éteint au petit matin ce dimanche 4 mai 2026. L’ancien premier président de la Cour suprême du Cameroun, né le 25 mars 1942 à Bonakou Bwapaki dans la commune de Bonaléa, région du Littoral, laisse derrière lui près de cinq décennies d’une carrière judiciaire hors norme — faite de grandeur, de compromis, et d’un courage tardif que beaucoup lui reconnaissent.

Un magistrat qui a traversé l’histoire judiciaire camerounaise

Tout commence en 1965. Diplômé de l’Université de Paris, Alexis Dipanda Mouelle intègre la magistrature le 29 novembre de cette même année. Juge à Yaoundé, président du tribunal de Foumban, procureur général à Douala — il gravit chaque échelon avec méthode et discrétion.

En 1990, il devient premier président de la Cour suprême. Il y restera 24 ans.

C’est sous sa présidence que la Cour valide les résultats de l’élection présidentielle de 1992, donnant Paul Biya vainqueur face à Ni John Fru Ndi dans des conditions que l’histoire n’a jamais totalement clarifiées. Une décision qui lui a longtemps collé à la peau. Mais Dipanda Mouelle était aussi un homme de droit reconnu au-delà des frontières : il a présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture, et publié en 1998 La torture, cette barbarie de l’humanité.

Une retraite forcée, une fin de vie libérée

Sa mise à la retraite en décembre 2014 reste l’un des épisodes les plus révélateurs de ses dernières années en fonction. L’affaire Atangana Mebara — et la conviction que l’ancien secrétaire général de la présidence devait être remis en liberté — l’a directement opposé aux attentes du pouvoir. La Chancellerie en informe Paul Biya. Le décret de mise à la retraite suit rapidement.

Il l’apprend à la radio.

Pourtant, ceux qui l’ont côtoyé après sa sortie forcée décrivent un homme apaisé. N’ayant plus rien à perdre, il plaidait ouvertement pour la libération de certains détenus de l’opération Épervier dont il estimait l’innocence établie. C’est une forme de cohérence — tardive, mais réelle.

Les chiffres résument mal une vie : 24 ans à la tête de la plus haute juridiction camerounaise, des dizaines de décisions structurantes pour la République, et une retraite apprise à la radio. C’est un destin judiciaire comme le Cameroun en a rarement produit.

Alain-Claude Ndom

Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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