(Investir au Cameroun) – Les échanges commerciaux en contrebande entre le Cameroun et les pays voisins ont été déficitaires de 50,7 milliards de FCFA en 2024, en défaveur de Yaoundé. Selon les données compilées par l’Institut national de la statistique (INS) dans son rapport sur « le commerce transfrontalier informel » du Cameroun en 2024, ce déficit est en hausse par rapport à celui de 44,6 milliards de FCFA enregistré en 2023, après le pic de 71,8 milliards de FCFA atteint en 2022.
Ce solde déficitaire, apprend-on, est principalement le fait du poids des achats informels en provenance du Nigeria, pays vis-à-vis duquel le Cameroun affiche un déficit commercial représentant au moins le double (-111,73 milliards de FCFA en 2024, après un pic de -168,04 milliards de FCFA en 2022) de celui avec l’ensemble des pays voisins (-50 milliards de FCFA en 2024). « Le déséquilibre structurel de la balance commerciale informelle avec le Nigeria s’explique par deux facteurs étroitement liés : d’une part, l’importance de la frontière terrestre avec ce pays voisin, doublée de la perméabilité de celle-ci et, d’autre part, le dynamisme de l’économie nigériane accentué par la baisse du cours de sa monnaie – le naira, NDLR – et la compétitivité de son offre dans le secteur des hydrocarbures », explique le statisticien public.
Selon l’INS, les importations informelles en provenance des pays voisins, parmi lesquels le Nigeria, géant d’Afrique de l’Ouest qui partage avec le Cameroun une longue frontière d’environ 1500 kilomètres du Nord au Sud, ont deux principales portes d’entrée : les régions de l’Extrême-Nord et du Nord, dans la partie septentrionale du Cameroun, et la région du Sud-Ouest, dans la partie méridionale. « Les produits importés transitent principalement par les régions de l’Extrême-Nord (49,4% des importations en 2024) et du Nord (20,8%), où les réseaux de contrebande de carburants, de bétails et de produits manufacturés prospèrent. A cet égard, les carburants et lubrifiants (22,1%) dominent les flux, suivis des animaux vivants (14,6%)», souligne l’organisme en charge de l’élaboration de la statistique officielle au Cameroun.
En clair, plus de 70% des activités de contrebande entre la Cameroun et les pays voisins, et principalement le Nigeria, se déroulent dans les régions de l’Extrême-Nord et du Nord. Tout ceci en dépit de l’insécurité créée par les combattants islamistes de Boko Haram, qui sévissent davantage dans l’Extrême-Nord du Cameroun.
En revanche, note l’INS, « les flux transitant par la région du Sud-Ouest reculent (-38,7%), fragilisés par la crise anglophone. Les régions de l’Adamaoua (-17,5%) et de l’Est (-3,3%) voient leurs importations également se contracter, en raison des difficultés logistiques et sécuritaires (routes dégradées, groupes armés) ».
En effet, depuis fin 2016, la région du Sud-Ouest du Cameroun – ainsi que celle du Nord-Ouest – frontalière au Nigeria, est au cœur de revendications séparatistes, qui freinent les activités économiques. Ces mêmes activités pâtissent des exactions des groupes armées provenant souvent de la République centrafricaine, qui écument les corridors des régions camerounaises de l’Est et de l’Adamaoua.
Brice R. Mbodiam



