Filets sociaux : le Cameroun formalise une rallonge de 21 milliards de FCFA annoncée depuis plus d’un an


(Investir au Cameroun) – Le Projet Filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique du Cameroun devrait bénéficier d’un financement additionnel de 38,6 millions de dollars, soit environ 21 milliards de FCFA. Le président de la République a habilité le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer l’accord de crédit correspondant avec l’Association internationale de développement (IDA), le guichet concessionnel de la Banque mondiale.

Cette autorisation est contenue dans le décret n°2026/258 signé le 22 juillet 2026. Elle constitue une nouvelle étape administrative vers la mobilisation de cette enveloppe, mais ne signifie pas encore que les fonds ont été décaissés.

Le financement doit renforcer les ressources du Projet Filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique, destiné à étendre la protection sociale aux ménages pauvres et à améliorer l’accès des jeunes urbains aux activités génératrices de revenus et à l’entrepreneuriat.

Un financement préparé depuis 2025

La rallonge intervient plus d’un an après les premières annonces sur la préparation d’un financement supplémentaire. En avril 2025, Cheick Fantamady Kanté, alors directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Cameroun, avait évoqué une enveloppe additionnelle de 35 millions de dollars destinée à renforcer les interventions du projet.

Le montant finalement retenu dans le décret présidentiel atteint 38,6 millions de dollars, soit 3,6 millions de plus que l’estimation communiquée au début du processus.

La Banque mondiale avait ensuite finalisé, en août 2025, le document consacré au financement additionnel du projet. L’institution précisait que cette nouvelle opération devait permettre de reconstituer les ressources nécessaires à la poursuite des différentes composantes du programme.

Le décret du 22 juillet 2026 ne lance donc pas un financement entièrement nouveau. Il autorise la signature d’un accord préparé depuis 2025 et déjà documenté par la Banque mondiale.

Étendre les transferts et l’inclusion économique

Le Projet Filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique poursuit deux objectifs principaux. Il doit, d’une part, étendre la couverture des filets sociaux et renforcer leur capacité à intervenir lorsque les ménages sont confrontés à des crises économiques, alimentaires, sanitaires ou climatiques.

Il vise, d’autre part, à améliorer l’accès des jeunes urbains aux activités génératrices de revenus, à la formation entrepreneuriale et aux dispositifs d’accompagnement à la création d’entreprise.

Le programme combine ainsi plusieurs formes d’intervention : transferts monétaires aux ménages pauvres, travaux à haute intensité de main-d’œuvre, accompagnement économique, soutien à l’entrepreneuriat des jeunes, développement d’un registre social et modernisation des paiements publics aux bénéficiaires.

Dans le volet consacré à l’emploi, la Banque mondiale indique notamment qu’un concours de plans d’affaires soutient 2 000 jeunes entrepreneurs, tandis qu’un programme d’inclusion économique cible 65 000 jeunes urbains sans emploi à travers des formations et des aides au démarrage d’activités.

Une deuxième phase financée initialement à hauteur de 160 millions de dollars

La Banque mondiale avait approuvé en mars 2022 un crédit initial de 160 millions de dollars pour le Projet Filets sociaux adaptatifs et d’inclusion économique. L’opération devait alors bénéficier directement à 217 500 personnes, notamment des ménages pauvres, des jeunes âgés de 18 à 35 ans et des personnes déplacées internes.

Le gouvernement camerounais avait ensuite été autorisé, en octobre 2022, à signer l’accord de crédit correspondant avec l’IDA.

La mise en œuvre de cette nouvelle phase a commencé en décembre 2023. Elle prolonge le premier Projet Filets sociaux, lancé en 2013 pour aider le Cameroun à construire un système national de protection sociale.

Lors de cette première phase, la Banque mondiale avait accordé un financement de 50 millions de dollars. Le programme devait notamment soutenir 65 000 ménages pauvres et vulnérables dans les régions de l’Adamaoua, de l’Est, du Nord, du Nord-Ouest et de l’Extrême-Nord, auxquels s’ajoutaient environ 5 000 ménages à Yaoundé et Douala.

Le montant cumulé reste à préciser

L’article initial estime que l’enveloppe globale consacrée au projet devrait dépasser 166 milliards de FCFA, dont un peu plus de 112 milliards apportés par la Banque mondiale et environ 54 milliards provenant du budget de l’État.

Ce total mérite toutefois d’être davantage documenté. Les sources publiques disponibles confirment notamment un crédit initial de 160 millions de dollars accordé par l’IDA, auquel doit s’ajouter le nouveau financement de 38,6 millions de dollars. La conversion de ces montants en FCFA varie selon le taux de change retenu et ne suffit pas, à elle seule, à établir précisément la contribution budgétaire cumulée de l’État.

Il serait donc préférable de présenter séparément les financements confirmés plutôt que d’additionner des enveloppes calculées selon des bases ou des périodes qui ne sont pas clairement précisées.

L’autorisation de signature ne vaut pas encore décaissement

Le décret présidentiel permet au Minepat de signer l’accord de crédit avec l’IDA. Il ne signifie pas que les 21 milliards de FCFA sont déjà disponibles pour les bénéficiaires.

Après la signature, l’accord devra entrer en vigueur et satisfaire aux différentes conditions prévues avant le démarrage effectif des décaissements. Le rythme de mobilisation des fonds dépendra ensuite de l’exécution des activités, de la réalisation des objectifs du projet et de la validation des dépenses par la Banque mondiale.

Il convient également de nuancer l’affirmation selon laquelle la formalisation de ce financement témoignerait nécessairement d’une « confiance renouvelée » de la Banque mondiale dans les performances du programme. Le financement additionnel vise d’abord à prolonger et à élargir des activités déjà engagées. Les documents publics consultés ne présentent pas explicitement l’opération comme une récompense liée au classement du projet parmi les programmes les plus performants du portefeuille camerounais.

Le principal enjeu sera désormais de mesurer la capacité du projet à transformer cette nouvelle enveloppe en transferts effectivement versés aux ménages, en activités génératrices de revenus et en accompagnements durables pour les jeunes.

Au-delà du montant annoncé, le véritable bilan portera sur le nombre de bénéficiaires supplémentaires effectivement couverts, la régularité des paiements, la qualité du ciblage des ménages vulnérables et la capacité des dispositifs d’inclusion économique à produire des revenus durables après la fin de l’appui.

Ludovic Amara

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