Un sénateur RDPC qui demande publiquement au président Biya de s’expliquer lui-même sur la question du vice-président. Qui dit que le vice-président nommé ne sert à rien. Qui affirme que les parlementaires sont là pour servir le Cameroun et non un clan. Le sénateur Zé Nguelé, fidèle du régime depuis des décennies, a créé la surprise. Mais entre espoir et méfiance, les Camerounais ne savent plus quoi croire.
Un discours objectif — mais dans quel camp ?
Les propos du sénateur Zé Nguelé sont clairs sur le fond. Il pose les bonnes questions : pourquoi nommer un vice-président si c’est pour en faire un simple doublon du Premier ministre ou du Secrétaire Général de la Présidence ? Pourquoi modifier la Constitution sans que le chef de l’État lui-même vienne expliquer ses intentions aux Camerounais ?
Ces interrogations sont légitimes. Et beaucoup les partagent.
Mais voilà le problème : Zé Nguelé est un homme du RDPC. Un fidèle. Et le RDPC a une longue pratique des discours « courageux » qui ne sont suivis d’aucun acte. Le souvenir du discours « révolutionnaire » du feu Mbouombo Njoya, roi des Bamouns, à la Place des Fêtes de Bafoussam en 2020 reste dans les mémoires. Les applaudissements avaient été nourris. L’enthousiasme, réel. Et après ? Plus rien.
Ce schéma se répète trop souvent pour que l’on applaudisse trop vite.
La vraie question que pose ce débat
Le Cameroun est face à une réalité que tout le monde voit mais que personne dans le cercle du pouvoir ne nomme clairement : Paul Biya a 93 ans, dont plus de 60 passés dans la haute administration de l’État. C’est humain d’être fatigué. C’est humain d’avoir des limites.
Ce que les Camerounais demandent, c’est de la clarté. Si le président ne peut plus conduire son mandat dans les meilleures conditions, qu’on le dise. Franchement. Pas à travers des réformes constitutionnelles habillées en débat démocratique. Pas à travers des sénateurs qui posent les bonnes questions mais restent dans le rang.
Un vice-président nommé — sans élection, sans légitimité populaire — ressemble dangereusement à ce qui existe déjà : un Premier ministre, un SGPR avec ses « hautes instructions ». Changer le titre sans changer la logique ne règle rien.
Que le discours de Zé Nguelé soit sincère ou fabriqué, il a au moins le mérite de remettre sur la table les vraies questions. Mais les Camerounais en ont assez des mots sans suite. Ce qu’ils attendent, c’est un acte. Et l’acte le plus simple serait que le président Biya parle lui-même, directement, à son peuple.



