(Investir au Cameroun) – Depuis le 16 mars 2026, la direction générale des douanes (DGD) du ministère des Finances a lancé un nouveau dispositif grâce auquel les gros importateurs doivent s’acquitter des droits de douane sur les téléphones portables, tablettes et autres terminaux numériques. « Ce nouveau mécanisme permettra à l’État de mobiliser au moins 25 milliards de FCFA par an, alors que de nos jours, à peine 1,3 milliard de FCFA est mobilisé chaque année », informe la cellule de communication de la DGD dans une note explicative consultée par Investir au Cameroun.
Selon le nouveau schéma de collecte des recettes douanières sur les équipements numériques sus-mentionnés, la responsabilité du dédouanement desdits appareils incombe à l’importateur, qu’il soit un commerçant professionnel ou un voyageur occasionnel.
« Pour l’importateur professionnel, le système douanier Camcis est reconfiguré pour lui permettre d’introduire tous les numéros IMEI des téléphones importés dans la base de données de la direction générale des douanes. Pour l’importateur occasionnel, une déclaration en douane simplifiée est conçue pour lui permettre de dédouaner son téléphone aux bureaux des douanes des aéroports ou aux frontières terrestres. Une application simplifiée téléchargeable sera mise à disposition pour permettre également un dédouanement distant et un paiement des droits et taxes de douane dus par Mobile Money ou Orange Money, le cas échéant », explique la cellule de communication de la DGD.
Amnistie fiscale pour les terminaux déjà connectés
A la faveur de cette réforme, seuls les téléphones et autres terminaux numériques régulièrement dédouanés pourront désormais avoir accès au réseau d’un opérateur de téléphonie agréé au Cameroun. « Ceux non reconnus dans la base de données de la douane seront purement et simplement bloqués (…) Des dispositifs SMS et Web gratuits permettront de consulter le statut de dédouanement des téléphones, tablettes et autres terminaux numériques avant leur achat, à travers la simple introduction de leur numéro IMEI dans le lien publié par la douane », informe la DGD.
Cependant, des mesures particulières sont prises pour les téléphones et terminaux déjà en cours d’utilisation dans le pays avant le déploiement du nouveau dispositif de collecte des recettes. « Tous les téléphones, tablettes et autres terminaux mobiles déjà utilisés au Cameroun, ayant ou été connectés à un réseau de téléphonie locale, même une seule fois, bénéficient de l’amnistie fiscale. Ils ne sont donc pas concernés par le nouveau dispositif », apprend-on officiellement.
Cette mesure d’exemption s’étend aux utilisateurs du roaming. « Les touristes en court séjour au Cameroun et les utilisateurs de téléphone en mode roaming ne sont pas concernés par ce nouveau mécanisme, en termes de paiement des droits et taxes. Leurs téléphones seront placés dans un régime de suspension des droits et taxes de douane dès leur arrivée au Cameroun », précise la DGD.
Une nouvelle réforme après l’échec de 2020
Sur le droit de douane à payer par les importateurs de ces équipements, l’administration douanière se veut rassurante : « aucune nouvelle taxe n’a été instituée à travers cette mesure. Seul le mécanisme de collecte des droits et taxes de douane change. Au contraire, les valeurs réelles des téléphones sur le marché ont été divisées par deux et ont encore bénéficié d’un abattement de 50%, tel que prévu à l’article septième de la loi de finances pour l’exercice 2023 », apprend-on.
La nouvelle réforme du mode de collecte des recettes douanières sur les téléphones portables, tablettes et autres terminaux numériques au Cameroun survient après l’échec de celle de 2020. En effet, afin de combattre la contrebande autour de ces équipements, le gouvernement avait annoncé l’entrée en vigueur, à compter du 15 octobre 2020, d’un système de collecte numérique des droits de douane. Ce système imposait aux opérateurs de mobile de se connecter à une plateforme numérique conçue par la société Arintech, afin de permettre le prélèvement des droits de douane sur les terminaux, en le défalquant sur le crédit de communication de l’utilisateur de l’appareil.
Mais les opérateurs de mobile avaient émis des réserves sur ce nouveau dispositif : caractéristiques techniques limitées de la plateforme, risque sur la gestion des données personnelles, problème de légalité du moyen de paiement autorisé, perte projetée du chiffre d’affaires du fait de la déconnexion automatique des clients rechignant à payer les droits de douane pour leurs terminaux, etc. Face à ces récriminations, couplées à la grogne populaire née de ce projet visant pratiquement à transférer le paiement des droits de douane sur les terminaux aux utilisateurs, le gouvernement avait dû surseoir à sa réforme.
Selon la douane, près de 4 millions de téléphones sont importés au Cameroun chaque année. Cependant, en raison de la montée en puissance de la contrebande, les recettes à l’importation de ces équipements ont drastiquement chuté au cours des deux dernières décennies : moins de 100 millions de FCFA sont désormais collectés par mois, contre environ 2 milliards de FCFA encaissés dans les années 2000, souligne la DGD.
Brice R. Mbodiam
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