Ce 15 octobre 2025, date limite du dépôt des recours électoraux, pourrait bien marquer un tournant historique au Cameroun. Le candidat du Front national pour le salut du Cameroun (FNSC), Issa Tchiroma Bakary, se trouve face à un choix cornélien : saisir le Conseil constitutionnel ou faire appel à la rue. Selon le politologue Njoya Moussa, « Tchiroma est pris au piège d’un système électoral conçu pour neutraliser la contestation légale ». Une impasse à haut risque qui pose une question simple mais explosive : peut-on contester une élection sans en reconnaître les résultats ?
Un casse-tête juridique et politique pour Issa Tchiroma
D’un côté, le Code électoral oblige tout candidat qui saisit le Conseil constitutionnel à préciser le nom de la personne dont il conteste la victoire — en l’occurrence, Paul Biya.
Mais, rappelle Njoya Moussa, aucun résultat provisoire officiel n’a encore été proclamé par Elecam, ce qui rend cette exigence juridiquement absurde.
« C’est une véritable hérésie juridique. On demande à un candidat de reconnaître une victoire que la loi interdit à Elecam de proclamer », explique le politologue.
De l’autre côté, ne pas déposer de recours signifierait accepter de facto le verdict des institutions. Dans ce cas, Issa Tchiroma n’aurait plus que la mobilisation populaire comme levier politique — un scénario qui inquiète plus d’un observateur à Yaoundé.
Le piège du système électoral camerounais
Pour Njoya Moussa, ce dilemme met en lumière les failles structurelles du système électoral camerounais :
« Notre cadre juridique est conçu pour bloquer toute contestation sérieuse. Si vous déposez un recours, vous légitimez la victoire de l’autre. Si vous refusez, vous perdez toute voie légale. »
Cette zone grise institutionnelle place le FNSC dans une situation délicate. En se présentant comme “candidat du peuple”, Tchiroma a suscité un élan populaire inédit. Mais face au silence d’Elecam et aux lenteurs du Conseil constitutionnel, sa base commence à s’impatienter.
Certains cadres du parti évoquent déjà « des actions citoyennes pacifiques », tandis que d’autres prônent une stratégie juridique prudente.
Et maintenant ? Le choix de Tchiroma déterminera la suite
Ce mercredi 15 octobre à minuit, la fenêtre de dépôt des recours se ferme. Le Cameroun retiendra son souffle.
S’il choisit la voie institutionnelle, Issa Tchiroma pourrait donner un signal d’apaisement, mais aussi risquer de valider un système qu’il dénonce.
S’il refuse, le pays pourrait entrer dans une phase de tension politique et sociale sans précédent.
Le dilemme est total, et la balle est désormais dans son camp.
Alors, que fera Tchiroma : la plume ou la rue ?



