Moment inédit à Bamenda : en pleine redédication de la Cathédrale Métropolitaine, des fidèles ont ouvertement rejeté le représentant du Vatican après qu’il a cité Paul Biya comme « Président du Cameroun ». Une scène électrique, presque irréelle dans un lieu sacré.
L’archevêque José Avelino Bettencourt, le Nonce apostolique du Cameroun, a répliqué d’un ton sec : « Je suis le Nonce apostolique du Cameroun ! », laissant la nef dans un silence glacé.
Cet incident révèle-t-il une rupture profonde entre l’Église et un peuple épuisé par la crise post-électorale ?
Un rejet qui expose une fracture profonde à Bamenda
Le rejet du représentant du Vatican à Bamenda dépasse largement une simple réaction d’humeur. Dans le Nord-Ouest, région meurtrie depuis plus de sept ans par le conflit armé, l’atmosphère est devenue ultra-sensible.
Citer Paul Biya comme président, dans un contexte où les résultats du scrutin du 12 octobre sont vivement contestés, est perçu comme une prise de position politique.
Pour de nombreux fidèles, l’Église semblait déjà trop silencieuse face aux arrestations, aux disparitions et aux exactions signalées ces dernières semaines. Alors, lorsque le Nuncio a prononcé le nom de Biya, certains ont senti qu’on dépassait la ligne rouge.
Un membre du chœur confie :
« On n’a pas hué l’Église. On a rejeté une parole qui sonne fausse dans notre souffrance. »
Les zones d’ombre autour du Vatican et la crise politique
Le rejet du représentant du Vatican ravive la crise post-électorale
Cet épisode survient alors qu’on reproche déjà à certains prélats un silence jugé « incompréhensible ».
Beaucoup n’ont toujours pas digéré la rencontre privée — jamais expliquée — entre Paul Biya et le Nuncio, quelques semaines avant l’élection. Dans un pays où chaque geste est analysé, ce tête-à-tête continue de nourrir des suspicions.
Pour les fidèles du Nord-Ouest, confrontés à la militarisation, aux contrôles et à la peur quotidienne, il ne s’agissait pas seulement de réagir à une phrase.
Ils attendaient une parole ferme pour défendre la vérité et les victimes, pas un discours qui semble valider un pouvoir contesté.
Un catéchiste de Bamenda résume à mi-voix :
« On n’a plus besoin de diplomatie. On a besoin de courage. »
La réaction de la foule pourrait marquer un tournant : une demande claire que l’Église retrouve sa vocation prophétique, dans un Cameroun où la parole morale devient rare.
Le scandale de Bamenda n’est pas un incident isolé. Il révèle un fossé grandissant entre le discours officiel de certains représentants religieux et la réalité vécue par les fidèles.
La question demeure : l’Église saura-t-elle regagner la confiance d’un peuple qui refuse désormais toute ambiguïté ?



