La Présidentielle au Cameroun du 12 octobre 2025 s’annonce comme un plébiscite pour Paul Biya après l’exclusion stratégique de Maurice Kamto. Cette éviction calculée a provoqué l’implosion totale de l’opposition, incapable de présenter un front uni face au président sortant. Avec onze candidats éparpillés et aucune figure consensuelle, l’opposition s’achemine vers un « suicide assisté » qui offre à Biya, 92 ans, un boulevard vers un huitième mandat. Les manœuvres orchestrées depuis Etoudi ont parfaitement fonctionné pour neutraliser toute menace crédible.
Maurice Kamto écarté : La stratégie payante du pouvoir
L’exclusion de Maurice Kamto ne doit rien au hasard. Dès le 1er juin à Paris, place de la République, l’ancien candidat du MRC avait mobilisé des milliers de partisans de la diaspora. « Tous derrière Kamto », scandait la foule face aux pancartes hostiles à Paul Biya.
Cette démonstration de force n’est pas passée inaperçue au palais d’Etoudi. Le pouvoir savait que Kamto représentait le seul adversaire capable de fédérer l’opposition pour la Présidentielle au Cameroun. Son boycott des élections locales de 2020 a fourni le prétexte légal parfait pour son éviction.
« Le piège était parfaitement tendu depuis cinq ans », confie un analyste politique proche des cercles gouvernementaux. La loi camerounaise exige qu’un parti dispose d’élus pour présenter un candidat présidentiel. En prolongeant les mandats locaux jusqu’en 2026, Paul Biya a définitivement fermé cette porte au MRC.
La tentative de Kamto de contourner l’obstacle via le Manidem a été savamment déjouée. L’apparition opportune de Dieudonné Yegba, contestant la présidence du parti à Anicet Ekane, porte toutes les signatures d’une manœuvre orchestrée. « C’est du travail d’orfèvre », reconnaît un cadre de l’opposition sous couvert d’anonymat.
Une opposition qui se « noya dans son mboko »
Depuis l’annonce officielle de l’exclusion de Kamto le 5 août, l’opposition camerounaise donne le spectacle d’une débandade totale. Les tentatives de rassemblement ont viré au fiasco complet, chaque leader privilégiant ses ambitions personnelles.
Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maïgari, tous deux anciens ministres, se sont lancés dans une course effrénée pour récupérer l’héritage politique de Kamto. Leurs réunions successives à Foumban puis à Yaoundé n’ont accouché d’aucun consensus. « C’était prévisible, chacun tire la couverture de son côté », déplore un militant déçu.
La situation devient même cocasse quand Patricia Tomaïno Ndam Njoya et Akere Muna décident simultanément de porter une coalition fantôme. Cette cacophonie illustre parfaitement l’incapacité chronique de l’opposition à dépasser les ego personnels.
« On assiste à un remake de 2018 en pire », analyse un politologue de l’Université de Yaoundé. Les voix du Septentrion, cruciales pour tout prétendant sérieux, risquent de se disperser entre Bouba Maïgari et Tchiroma Bakary, tous deux originaires du Grand Nord.
Paul Biya surfe sur la « léthargie nationale«
À 92 ans, Paul Biya n’aura même pas besoin de faire campagne pour cette Présidentielle au Cameroun. L’éparpillement de l’opposition lui garantit une victoire confortable sans effort particulier. Comme en 2018, il pourrait se contenter d’un unique meeting de façade.
Cette stratégie de l’usure fonctionne parfaitement depuis des décennies. « Paul Biya a imposé une chose à tout le monde : la patience », observe un magistrat proche du RDPC. Cette patience forcée maintient le pays dans une torpeur politique qui arrange parfaitement le pouvoir en place.
La « léthargie nationale » évoquée par les observateurs explique pourquoi l’exclusion de Kamto n’a provoqué aucun soulèvement populaire. « Il y a une colère des populations, mais l’opposition actuelle ne parvient pas à l’incarner », regrette un acteur de la société civile.
Cette passivité contraste cruellement avec l’effervescence de 1992, quand John Fru Ndi avait réussi à mobiliser des foules immenses dans tout l’ouest du pays. Cette époque semble révolue, remplacée par une résignation collective qui fait le jeu du président sortant.
L’après-élection déjà en ligne de mire
Paradoxalement, les candidats de l’opposition pensent déjà à l’après-12 octobre. Certains, comme Bouba Maïgari, semblent davantage intéressés par un strapontin ministériel que par une vraie alternance. Son passé de ministre dans différents gouvernements de Paul Biya alimente les soupçons sur ses véritables intentions.
« Ce qui se joue actuellement, c’est l’après-Biya pour certains, qui veulent être les mieux positionnés quand la nature finira par imposer l’alternance », décrypte notre magistrat. Cette approche opportuniste explique l’incapacité de l’opposition à s’unir autour d’un projet commun.
La Présidentielle au Cameroun de 2025 ressemblera donc à un long fleuve tranquille pour Paul Biya. Avec onze bulletins de vote opposés dans les urnes, la confusion sera totale et la victoire du RDPC encore plus écrasante qu’en 2018.
L’opposition camerounaise trouvera-t-elle un jour la formule pour défier réellement Paul Biya ?