Au Cameroun, la nomination prochaine d’un Vice-Président par le Président Paul Biya suscite des débats et des contestations. Pourtant, ce mécanisme n’a rien d’exceptionnel sur le continent. En Côte d’Ivoire, le Président nomme également son Vice-Président — et cette nomination est ensuite soumise au Parlement pour validation. Le Cameroun ne sera donc pas un cas isolé.
Ce que prévoit la Constitution ivoirienne
En Côte d’Ivoire, la Constitution de 2016 est explicite : le Président de la République nomme le Vice-Président. Mais ce choix doit obligatoirement être entériné par les deux chambres du Parlement — l’Assemblée nationale et le Sénat.
C’est ce modèle qui a permis à Alassane Ouattara de nommer Robert Mambé puis Tiémoko Meyliet Koné comme Vice-Président, avec validation parlementaire à la clé. Un processus encadré, institutionnalisé, qui fonctionne sans que personne ne crie au scandale à Abidjan.
Ce système existe aussi ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, lorsqu’un poste de Vice-Président devient vacant en cours de mandat, le Président nomme un remplaçant qui doit être confirmé par le Congrès. C’est ainsi que Gerald Ford fut nommé Vice-Président en 1973, puis accéda à la présidence sans jamais avoir été élu à ce poste.
Le Cameroun dans la même logique
Au Cameroun, la Constitution prévoit le poste de Vice-Président depuis 1996, mais il n’a jamais été pourvu. Près de 30 ans plus tard, Paul Biya semble enfin prêt à activer cette disposition. La contestation qui accompagne cette perspective est compréhensible — le contexte politique camerounais est tendu, et tout mouvement au sommet de l’État est scruté de près.
Mais sur le fond, nommer un Vice-Président n’est pas une anomalie. C’est une pratique constitutionnelle normale, exercée par des démocraties reconnues sur plusieurs continents.
Ce qui diffère entre Yaoundé et Abidjan, c’est le niveau de contrôle parlementaire. En Côte d’Ivoire, le Parlement valide. Au Cameroun, la Constitution n’impose pas cette étape — la nomination reste une prérogative exclusive du Président.
Cela peut alimenter le débat sur la transparence et l’équilibre des pouvoirs. Mais l’acte de nommer un Vice-Président, lui, n’a rien d’anticonstitutionnel ni d’unique au monde.
Le Cameroun n’invente rien. Il applique — tardivement — une disposition que d’autres pays ont normalisée depuis longtemps. La vraie question n’est pas si un Vice-Président sera nommé, mais qui sera choisi, et dans quel cadre cette nomination s’inscrira pour l’avenir du pays.



