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Maurice Kamto tire la sonnette d’alarme


Maurice Kamto ne mâche pas ses mots. Depuis Yaoundé, le Président du MRC a officiellement pris position contre le projet de création d’un Vice-Président nommé au Cameroun, issu de la révision constitutionnelle du 2 avril 2026. Pour lui, derrière cette réforme en apparence technique se cache une manœuvre politique grave : installer une transmission dynastique du pouvoir, sans passer par le peuple.

Un Vice-Président nommé, pas élu : la ligne rouge pour Kamto

C’est le cœur du problème que soulève Maurice Kamto. Dans toutes les démocraties sérieuses, un Vice-Président est soit élu avec le Président, soit issu d’un processus transparent. Au Cameroun, le projet soumis au Congrès prévoit une nomination directe par le Chef de l’État — sans élection, sans validation populaire.

Pour Kamto, la conséquence est mécanique : si le Président venait à quitter le pouvoir, ce Vice-Président nommé deviendrait automatiquement Président de la République, Chef de l’État et chef des armées. « Un individu n’ayant jamais exercé une fonction dans l’administration ni jamais remporté un mandat électif pourrait devenir Président », avertit-il.

Pire encore selon lui : ce Vice-Président ainsi propulsé au sommet pourrait à son tour nommer son propre Vice-Président, créant une chaîne de succession entièrement déconnectée du vote populaire. « C’est le sens du projet du 2 avril 2026. Ce n’est pas une régression, c’est un naufrage constitutionnel », conclut le leader du MRC.

Le précédent Ahidjo : l’histoire qui dérange

Maurice Kamto ne s’arrête pas là. Il replace ce projet dans une mémoire constitutionnelle que beaucoup ont oubliée ou préfèrent ignorer. En 1979, le Président Ahmadou Ahidjo avait modifié la Constitution pour permettre à son Premier Ministre de l’époque — un certain Paul Biya — de lui succéder sans passer par les urnes.

Quarante-sept ans plus tard, selon Kamto, le même mécanisme est réactivé. Même logique, même résultat attendu — mais dans une version aggravée. « Cette fois, c’est en pire », dit-il, car la chaîne de succession non élue peut se perpétuer indéfiniment.

Il invoque également l’article 64 de la Constitution camerounaise, qui interdit formellement toute révision portant atteinte aux principes démocratiques. Pour le MRC, ce projet viole donc la loi fondamentale qu’il prétend amender. Le paradoxe est total.

Une pétition nationale et un appel aux parlementaires

Face à ce qu’il appelle une capture institutionnelle du pouvoir, Maurice Kamto ne se contente pas de dénoncer. Il annonce des actes concrets.

D’abord, une pétition en ligne nationale, ouverte à tous les Camerounais « sans considération de bord politique », pour rejeter formellement cette révision. Ensuite, un appel direct aux membres du Parlement réunis en Congrès : « Vous ne pouvez pas voter une loi qui détruit les fondements constitutionnels de notre République. »

Il rappelle aussi que l’ampleur de cette réforme aurait dû, selon les standards démocratiques, exiger un référendum populaire — et non un simple vote du Congrès. Le peuple camerounais, dit-il, n’a jamais été consulté sur une transformation aussi radicale de ses institutions.

Entre la création d’un Vice-Président nommé et la mémoire du précédent Ahidjo, Maurice Kamto dresse un tableau sombre pour la démocratie camerounaise. La vraie question reste entière : les parlementaires entendront-ils cet avertissement avant de voter — ou valideront-ils en silence ce que l’opposition appelle un coup d’État constitutionnel ?



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