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le préfet du Wouri traduit en justice pour escroquerie


Le préfet du Wouri, Mvogo Sylyac Marie, est poursuivi en justice. Depuis le 5 décembre 2025, cette haute autorité administrative qui gère le département abritant Douala, la capitale économique du Cameroun, est renvoyée devant le parquet des Tribunaux de Première et de Grande instance de Yabassi et du Nkam. Les faits qui lui sont reprochés sont graves : abus de confiance, favoritisme en complicité et tentative d’escroquerie. Une affaire rare qui secoue les cercles administratifs et politiques de la métropole.

Une plainte déposée par une particulière, une affaire foncière en toile de fond

Tout commence le 28 novembre 2025, quand une certaine dame Kapche Bogne épouse Tazanou dépose une plainte avec constitution de partie civile auprès du substitut près le Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo. Elle vise directement le préfet du Wouri ainsi qu’un coaccusé, Sosso Essie Claude, pour des faits qualifiés d’« abus de confiance, favoritisme en complicité et tentative d’escroquerie », au sens des articles 74, 94, 143 et 318 (1) b et c du Code pénal camerounais.

Selon une source judiciaire proche du dossier, l’affaire aurait pour origine une transaction foncière illégale. Les détails précis de cette transaction n’ont pas encore été rendus publics, mais le simple fait qu’un préfet en exercice soit nommément visé dans une plainte pénale est, en soi, un événement exceptionnel dans le paysage administratif camerounais.

Problème procédural immédiat : en vertu du Code de procédure pénale, un chef de circonscription administrative ne peut pas être jugé par un tribunal de son propre ressort de compétence. Il revenait donc au président de la Cour d’Appel du Littoral, Emmanuel Arroye Betou, de désigner un parquet et une juridiction externes au Wouri pour diligenter les poursuites. C’est chose faite depuis le 5 décembre 2025 : c’est le parquet de Yabassi, dans le Nkam, qui est désormais saisi du dossier.

L’affaire en est encore au stade de l’information judiciaire

Il est important de le préciser clairement : Mvogo Sylyac Marie est présumé innocent. À ce stade, l’affaire n’a pas encore été jugée au fond. Ce que la désignation du parquet de Yabassi enclenche, c’est l’ouverture possible d’une information judiciaire, préalable à un éventuel procès.

Autrement dit, le préfet du Wouri n’a pas encore été condamné — ni même formellement inculpé au sens plein du terme. Mais les poursuites sont réelles, officielles, et le mécanisme judiciaire est en marche. Une nuance importante, que le droit impose de respecter, mais qui n’empêche pas les interrogations légitimes de se poser.

Car dans les cercles administratifs de Douala, la question qui circule est la suivante : la hiérarchie du préfet à Yaoundé va-t-elle anticiper en le relevant de ses fonctions, pour lui permettre de préparer sa défense sans que l’institution préfectorale ne soit davantage exposée ? Un limogeage n’aurait rien d’automatique, mais dans la tradition administrative camerounaise, un fonctionnaire mis en cause judiciairement est souvent écarté du poste avant même toute décision de fond — par précaution institutionnelle.

Un profil qui ne manque pas de faire parler

Ce qui amplifie la résonance de l’affaire, c’est le profil de l’intéressé. Dans le Wouri, Mvogo Sylyac Marie est une figure clivante. Ses administrés, comme ses pairs dans le cercle administratif, ne le décrivent pas avec les mêmes mots. Certains le voient comme un préfet actif et présent sur le terrain. D’autres — et ils sont nombreux à Douala — lui reprochent des sorties publiques maladroites, des décisions contestées et une communication souvent jugée approximative.

« Le roi de la gaffe », comme certains le surnomment dans les rues de Douala, est désormais au cœur d’une procédure judiciaire qui dépasse le folklore administratif. Si l’affaire foncière en toile de fond venait à être confirmée par l’instruction, elle toucherait à l’une des questions les plus sensibles au Cameroun : le foncier, terrain de toutes les tensions, de toutes les spéculations, et de toutes les dérives.

Contacté par nos confrères du Courrier, le préfet du Wouri n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire. Son silence, dans ce contexte, est lui-même une information.

Cette affaire pose une question plus large sur la responsabilité pénale des autorités administratives au Cameroun. La loi prévoit des mécanismes clairs pour les poursuivre — le renvoi devant une juridiction externe en est la preuve. Mais la vraie question est celle de leur application dans la durée : jusqu’où ira ce dossier ? Et comment le système administratif camerounais gère-t-il la mise en cause de l’un de ses propres représentants dans l’une de ses villes les plus stratégiques ?



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