Un appel solennel à la renaissance culturelle, mémorielle et spirituelle du peuple Basa’a. Dans un plaidoyer rare et profond adressé au collège sacré des Bambombok, le Vénérable Mbombog Minyem Mi Song Minyem a pris position sur trois projets structurants : un ouvrage sur le génocide Bassa, un musée-panthéon Bassa-Bati-Mpôô et le développement de l’université Ruben Um Nyobe. Un texte de référence qui interpelle toute une communauté. Le peuple Basa’a saura-t-il enfin transformer son histoire en force collective ?
Trois projets, une seule ambition : ne pas mourir dans l’oubli
Le Vénérable Mbombog Minyem Mi Song Minyem, figure tutélaire du peuple Basa’a et Nlémlè Nkuu Matén Ma Njèè, ne mâche pas ses mots. Dans sa réponse au collège sacré des Bambombok, il pose une vérité que beaucoup préfèrent taire : « Une histoire peut être falsifiée — et celle de l’Africain l’a été mille fois par ceux qui la narraient à leur place, pendant des siècles. » Ce constat, loin d’être une posture, est le socle de toute sa réflexion.
Les trois projets soumis à parrainage — l’ouvrage « Génocide et mémoire », le musée-panthéon Bassa-Bati-Mpôô et le développement de l’université Ruben Um Nyobe — reçoivent son soutien de principe. Il les qualifie d’initiatives « s’inscrivant dans une dynamique de transmission transgénérationnelle du savoir » que les Bambombok ont le devoir de porter. Mais le Vénérable va bien plus loin qu’un simple parrainage de convenance. Il ausculte les plaies internes du peuple Basa’a avec une lucidité chirurgicale.
Sur la question mémorielle, il rappelle que le peuple Basa’a n’a jamais réussi à transformer son génocide en force unificatrice. Bien au contraire : la scission historique entre partisans de Ruben Um Nyobe et ceux désignés comme « Dikokon », puis les accusations portées contre le patriarche Mayi Matip Ma Ndombol, ont creusé des clivages communautaires qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. « Dans cette configuration de belligérance, il est souvent très difficile de fédérer les irrédentismes qui se sédimentent », écrit-il, sans concession.
Le Mbog d’abord : pas de musée sans unité spirituelle
Sur le projet de musée-panthéon, la mise en garde est nette. Le Mbombog rappelle que contrairement aux peuples ayant développé des royautés, sultanats ou principautés structurées, le peuple Basa’a obéit à une « organisation de type démo-anarchique » — plusieurs guides, pas de centre fédérateur unique. La loi de 1977 sur les chefferies traditionnelles, jamais amendée dans le fond malgré un léger toilettage en 2013, a amplifié cette confusion en substituant des chefferies administratives aux autorités traditionnelles légitimes que sont les Bambombok.
Sa conclusion est sans appel : « Le peuple Basa’a ne pourra développer des projets ensemble que lorsqu’il regardera vers la même direction : sa spiritualité originelle. » Le MBOG — socle spirituel et anthropologique ancestral — doit être restauré avant toute construction collective. Sans cela, aucune fédération durable n’est possible. Trois raisons expliquent selon lui ce délitement : les Basa’a ont tourné le dos à leur tradition, certains guides se sont corrompus perdant ainsi leur légitimité morale, et le peuple a copié toutes les cultures au point de perdre la sienne.
Loin de rester dans l’abstrait, le Vénérable annonce une action concrète et imminente : l’inauguration dans moins de deux mois à Bogso du MBAY MBOG NKODA NTOÑ, un espace spirituel dont il assure personnellement la construction. « Je ne le construis pas par besoin d’ostentation, mais parce que c’est mon devoir », précise-t-il sobrement. Une étape qu’il espère décisive sur la longue route vers le musée-panthéon collectif.
Un appel à une nouvelle race de seigneurs
Au-delà des trois projets initiaux, c’est un véritable programme de refondation identitaire que le Mbombog Minyem Mi Song Minyem propose. Il appelle à « une nouvelle race de seigneurs, une nouvelle alliance avec le peuple et une trajectoire qui ramène aux fondamentaux de la spiritualité Basa’a ». Un langage fort, presque prophétique, qui tranche avec les discours convenus des réunions communautaires habituelles.
Il cite en référence l’exemple de la Chine qui, après les humiliations du XIXe siècle, a su transformer son histoire douloureuse en catalyseur d’unité et de fierté nationale pour devenir aujourd’hui la 2e puissance économique mondiale. Pour le Vénérable, la leçon est universelle : les peuples qui ont su faire de leur mémoire une force motrice sont ceux qui prospèrent. Ceux qui l’ignorent ou la laissent se fragmenter s’exposent à la disparition culturelle.
L’université Ruben Um Nyobe, troisième pilier du projet, est évoquée comme un espace de transmission du savoir, de consolidation intellectuelle et d’ancrage identitaire pour les jeunes générations Basa’a. Un outil académique au service d’un projet civilisationnel.
Pensez-vous que le peuple Basa’a peut encore retrouver son unité culturelle et spirituelle ? Donnez votre avis.



