(Investir au Cameroun) – Le Mauritanien Zeine Zeidane a été désigné directeur du département Afrique du FMI. Ancien Premier ministre et cadre de l’institution depuis plus d’une décennie, il prend ses fonctions dans un contexte où les attentes des États africains en matière de financement et de réformes continuent d’être élevées.
Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé, le 3 avril 2026, la nomination de Zeine Zeidane comme directeur de son département Afrique. Il succède à l’Éthiopien Abebe Aemro Selassie, qui quittera ses fonctions le 1er mai après près de dix ans à ce poste, durant lesquels l’institution a mobilisé environ 60 milliards de dollars de financements en faveur de l’Afrique subsaharienne.
Cette nomination confie le portefeuille stratégique de l’institution à un profil qui combine des expérinces de haut fonctionnaire dans le gouvernement et le secteur financier de son pays. Né en Mauritanie, Zeidane a été gouverneur de la Banque centrale avant d’occuper le poste de Premier ministre en 2007, puis de rejoindre le FMI en 2012.
Au sein du Fonds, Zeidane n’est pas un nouveau venu. Il a occupé plusieurs fonctions clés, notamment comme directeur adjoint du département Afrique, puis du département Moyen-Orient et Asie centrale. À ces postes, il a contribué à des dossiers structurants, dont l’évolution des instruments de financement concessionnels et les réponses institutionnelles mises en place pendant la pandémie de Covid-19.
Son passage au département Moyen-Orient lui a également permis de renforcer les relations avec les pays du Golfe, devenus ces dernières années des acteurs financiers de premier plan, y compris en Afrique. Il a notamment été associé à l’ouverture du bureau régional du FMI à Riyad en 2024, illustrant le repositionnement stratégique de l’institution vers de nouveaux pôles de financement.
Ce double ancrage — connaissance des États africains et maîtrise des mécanismes internes du FMI — constitue l’un des principaux atouts de Zeidane dans ses nouvelles fonctions.
Des attentes africaines concentrées sur l’accès au financement
La nomination intervient dans un contexte où les gouvernements africains expriment des attentes croissantes vis-à-vis de l’institution. La première concerne l’accès aux ressources financières. Plusieurs pays africains plaident pour des conditions de financement plus souples et mieux adaptées à leurs contraintes budgétaires, notamment via les instruments concessionnels destinés aux économies à faible revenu.
Les discussions autour de la réforme des quotas du FMI constituent un autre enjeu central. Malgré son poids démographique et économique, le continent reste sous-représenté dans la gouvernance de l’institution. Des responsables africains appellent à une révision des critères de calcul, afin de mieux prendre en compte la vulnérabilité des économies en développement.
La question de la dette demeure également au cœur des préoccupations. Après plusieurs années de chocs successifs — pandémie, inflation importée, resserrement monétaire mondial — de nombreux pays africains font face à des marges de manœuvre budgétaires limitées.
Dans ce contexte, le FMI défend une approche combinant discipline budgétaire progressive et soutien à la croissance. Une note publiée par l’institution en 2025 souligne que, dans plusieurs cas, la stabilisation de la dette reste possible sans recourir systématiquement à des restructurations.
L’expérience de Zeidane, notamment à la tête de la Banque centrale de Mauritanie, pourrait jouer un rôle dans la conduite de ces arbitrages sensibles, entre exigences de soutenabilité et impératifs sociaux.
Un environnement international en recomposition
Au-delà des enjeux internes au FMI, la prise de fonction de Zeidane intervient dans un contexte de transformation des relations économiques internationales. Les récentes mesures commerciales américaines et la montée en puissance d’acteurs comme la Chine, l’Inde ou les pays du Golfe ont accéléré la diversification des partenaires du continent.
Cette évolution renforce la capacité de négociation des États africains, tout en complexifiant la coordination entre créanciers. Dans ce paysage multipolaire, le rôle du FMI évolue lui aussi. L’institution est appelée à composer avec une diversité accrue d’acteurs, publics comme privés, dans la gestion des crises de financement.
Les attentes à l’égard du FMI varient également selon les économies africaines. Les unions monétaires comme l’UEMOA ou la CEMAC cherchent à consolider leurs cadres de convergence macroéconomique, tout en préservant leur stabilité financière. Les pays à revenu intermédiaire, de leur côté, privilégient des instruments préventifs leur permettant de se protéger contre les chocs externes sans entrer dans des programmes d’ajustement complets.
Idriss Linge



