Le Barreau du Cameroun a officiellement transmis ses observations au Parlement réuni en Congrès. Dans un courrier daté du 2 avril 2026, signé par le Bâtonnier Eric Mbah Mbah, l’Ordre des avocats exprime de vives inquiétudes sur le projet de loi n° 2094/PJL/P visant à modifier la Constitution. Si la création du poste de vice-président n’est pas rejetée en principe, c’est le mode de désignation qui pose problème.
Ce qui inquiète les avocats
Le cœur du problème est clair. Selon le projet de loi, le vice-président serait nommé par le président de la République — et non élu. En cas de vacance du pouvoir, ce vice-président succéderait au chef de l’État et achèverait son mandat, avec la possibilité de nommer un nouveau vice-président.
Pour le Barreau, cette disposition porte atteinte au principe de l’élection présidentielle au suffrage universel. En clair : un homme jamais élu par le peuple pourrait diriger le Cameroun. C’est une ligne rouge pour les juristes.
Autre grief : les fonctions attribuées au vice-président semblent largement marginales. Le président pourrait contourner ce poste en déléguant des pouvoirs à des membres du gouvernement qui lui sont hiérarchiquement inférieurs, vidant ainsi la fonction de sa substance.
Le Barreau soulève également une question financière. Alors que la prolongation des mandats des conseillers municipaux est justifiée par des contraintes budgétaires, créer un poste aussi élevé que celui de vice-président génère des coûts importants. Une contradiction difficile à ignorer.
Des réformes manquées dans un texte incomplet
Au-delà du vice-président, le Barreau regrette que cette révision constitutionnelle — rare occasion de moderniser les textes fondamentaux — n’ait pas intégré d’autres chantiers urgents.
Parmi eux : le statut spécial des régions anglophones, décidé lors du Grand Dialogue National de 2019, qui n’a toujours pas de valeur constitutionnelle. Ou encore la création d’une Chambre de Common Law au sein de la Cour suprême, restée à ce jour une mesure provisoire.
Le Bâtonnier Eric Mbah Mbah conclut en appelant les parlementaires à examiner ce projet de loi dans le seul intérêt du peuple camerounais souverain.
La balle est désormais dans le camp du Parlement. Les observations du Barreau, transmises en copie au président de la République et au ministre de la Justice, auront-elles un impact sur le texte final ? La réponse viendra dans les prochains jours.



