Un document officiel circule et confirme ce qui était annoncé depuis novembre 2025. Le gouvernement camerounais a soumis au Parlement un projet de loi modifiant la Constitution de 1996 pour y intégrer un poste de Vice-Président de la République. Ce texte, dont l’exposé des motifs a été rendu public, modifie les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66 de la loi fondamentale. Une réforme institutionnelle majeure, sans précédent depuis 2008.
Ce que prévoit concrètement le texte
L’exposé des motifs est clair. Le projet s’inscrit dans la continuité du discours de prestation de serment du Président Paul Biya, prononcé le 6 novembre 2025, dans lequel il annonçait des réformes pour « une adaptation de nos institutions aux exigences de notre environnement ».
Quatre dispositions centrales structurent la réforme :
- Le Vice-Président est nommé par le Président de la République, qui peut également mettre fin à ses fonctions à tout moment. Il n’exerce que les attributions que lui délègue expressément le Chef de l’État.
- Sa durée de fonctions ne peut excéder celle du mandat présidentiel en cours. Il n’a donc pas de mandat propre.
- En cas de vacance du pouvoir (décès, démission, empêchement définitif), c’est le Vice-Président qui achève le mandat présidentiel, après prestation de serment. Il peut alors lui-même nommer un Vice-Président.
- Si le Vice-Président est à son tour empêché, ou si le poste n’est pas pourvu, une élection présidentielle est organisée dans les 20 à 120 jours. L’intérim est alors assuré par le Président du Sénat.
Ce schéma remplace la règle en vigueur depuis 1996, qui confiait directement l’intérim au Président du Sénat en cas de vacance.
Pourquoi cette réforme change tout
Jusqu’ici, en cas de disparition soudaine du Chef de l’État, c’est Marcel Niat Njifenji, Président du Sénat et lui-même nonagénaire, qui aurait assuré la transition. Un scénario jugé fragile par de nombreux observateurs.
La création du poste de Vice-Président sécurise la continuité de l’État et réduit le risque d’une crise institutionnelle. Elle donne au Président la possibilité de désigner lui-même son successeur constitutionnel, sans passer par les urnes.
Le texte modifie également le Code électoral et la loi sur le Conseil Constitutionnel, deux textes qui devront s’adapter au nouveau cadre.
La réforme devrait être adoptée sans difficulté par un Parlement dominé par le RDPC. Mais la vraie question reste entière : qui Paul Biya nommera-t-il Vice-Président ? Ce choix sera, à n’en pas douter, le signal politique le plus fort de cette nouvelle législature.



