C’est un clash institutionnel qui enflamme le Cameroun. Alors que le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a mis en garde Issa Tchiroma Bakary après sa déclaration de victoire, le professeur Jean Bahebeck a sèchement répliqué : « Il n’y a aucun article qui interdit à quelqu’un de dire qu’il a gagné ». Invité sur Infos TV, le juriste a dénoncé des “menaces politiques inutiles”. Dans une atmosphère post-électorale tendue, cette sortie relance le débat : jusqu’où peut aller la liberté d’expression politique au Cameroun ?
“Ce qui n’est pas interdit est autorisé”, tranche Jean Bahebeck
Pour le professeur Jean Bahebeck, la mise en garde de Paul Atanga Nji n’a aucune base légale.
« Il (Issa Tchiroma) n’a pas tort. Il n’y a aucun article qui condamne le fait de dire qu’on a gagné », a-t-il martelé sur le plateau de l’émission Espace Miné diffusée sur Infos TV.
« Ce qui n’est pas interdit est autorisé », a-t-il rappelé, reprenant un principe fondamental du droit public camerounais.
Cette sortie sonne comme un rappel à l’ordre juridique dans un contexte explosif où plusieurs candidats revendiquent la victoire à la présidentielle du 12 octobre 2025.
Jean Bahebeck estime que le gouvernement devrait plutôt favoriser la transparence des procès-verbaux que de chercher à museler les candidats.
« Si quelqu’un dit qu’il a gagné sur la base de ses chiffres, qu’on publie alors les vrais chiffres ! », a-t-il lancé, déclenchant de vifs applaudissements sur les réseaux sociaux.
Le bras de fer entre liberté politique et autorité administrative
La sortie du professeur intervient après les menaces publiques du ministre Paul Atanga Nji, qui avait prévenu que toute “auto-proclamation” serait passible de poursuites.
Mais selon Bahebeck, aucune disposition du Code électoral ne prévoit une telle infraction.
« Le seul organe compétent pour proclamer les résultats, c’est le Conseil constitutionnel, mais cela n’interdit pas aux candidats d’exprimer leur opinion ou leur confiance », précise-t-il.
Dans les rues de Yaoundé et Douala, les réactions ne se sont pas fait attendre.
« Ce n’est pas du jeu ! On menace les gens juste parce qu’ils parlent ? », s’exclame un étudiant en droit rencontré à Ngoa-Ekellé.
Sur X (ex-Twitter), les hashtags #Bahebeck, #Tchiroma et #AtangaNji figurent parmi les plus commentés du jour.
Un débat démocratique révélateur d’un malaise profond
Cette joute juridique illustre la crispation politique qui traverse le pays depuis le scrutin.
Alors que le Conseil constitutionnel doit encore trancher sur les résultats définitifs, plusieurs observateurs appellent à la retenue et à la préservation du débat démocratique.
« Le Cameroun n’a rien à gagner dans la peur et la censure », conclut Jean Bahebeck, rappelant que la liberté d’expression reste un droit constitutionnel.
Dans un contexte électoral sous tension, une question persiste : peut-on encore parler librement de politique au Cameroun sans risquer la répression ?



