(Investir au Cameroun) – Au festival de cinéma Écrans Noirs de Yaoundé, banquiers et responsables culturels se sont réunis pour aborder une question qui hante depuis longtemps l’industrie cinématographique camerounaise : comment transformer l’ambition créative en projets attractifs pour les investisseurs. La Société Commerciale de Banque Cameroun (SCB), filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank, a rappelé aux cinéastes que la passion seule ne suffit pas pour obtenir des lignes de crédit.
« Ce que nous attendons, ce sont des projets financièrement viables, avec des échéanciers de remboursement et des délais de rentabilité », a déclaré un représentant de la SCB lors d’un panel présidé par le directeur du festival, Bassek Ba Kobhio. Pour illustrer son propos, la banque a cité l’exemple d’un budget de film de 300 millions FCFA (environ 480 000 dollars). Dans un tel cas, les producteurs doivent présenter un plan d’affaires détaillé montrant les sources de revenus, le calendrier de récupération des investissements et les modalités de remboursement.
Le Cameroun ne dispose pas d’un fonds national dédié à la production cinématographique. Le ministère des Arts et de la Culture propose des dispositifs limités, laissant la plupart des producteurs dépendre de subventions de bailleurs ou de leurs économies personnelles. Les prêteurs commerciaux restent prudents, invoquant les risques de piraterie, l’absence de garanties et la faiblesse des systèmes de traçabilité des revenus. Cette prudence maintient une grande partie de l’industrie sous-capitalisée, alors que d’autres pays de la région progressent. Le Nollywood nigérian, par exemple, a su mobiliser à la fois des capitaux privés et des initiatives publiques pour devenir une industrie estimée à 6 milliards de dollars, selon PwC.
À l’échelle continentale, les options de financement commencent à évoluer. En juin, la Banque Africaine d’Import-Export (Afreximbank) a lancé le programme Creative Africa Nexus (CANEX), promettant 1 milliard de dollars sous forme de prêts, d’investissements en capital et de garanties pour soutenir les projets cinématographiques et audiovisuels. Cette facilité vise à réduire les risques liés aux projets culturels et à encourager les prêts bancaires commerciaux.
Pour les cinéastes, l’accès au crédit passe par une professionnalisation accrue. Les banques attendent des producteurs qu’ils enregistrent leurs droits de propriété intellectuelle, qu’ils signent des accords de distribution et qu’ils présentent des états financiers audités. Certains prêteurs forment également leur personnel afin de mieux comprendre les cycles de production et les structures de risques propres au secteur audiovisuel, reconnaissant que les projets créatifs ne peuvent pas être évalués comme des entreprises classiques.
« Écrans Noirs agit comme un pont entre créateurs et financiers. Le dialogue entre les deux secteurs est nécessaire pour que le cinéma soit financé comme n’importe quelle autre industrie », a déclaré Bassek Ba Kobhio.
Cynthia Ebot Takang



