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Hydrocarbures : Transparency International défend son partenariat avec la SNH malgré l’ombre du scandale Glencore


(Investir au Cameroun) – Transparency International Cameroon (TI-C) défend le partenariat engagé avec la Société nationale des hydrocarbures (SNH), alors que l’entreprise publique reste exposée aux retombées du scandale Glencore. Dans un communiqué publié le 9 mars 2026, l’organisation anticorruption explique que la SNH l’a sollicitée pour un « diagnostic de gouvernance », présenté comme un « plaidoyer technique » relevant d’une volonté d’orienter les institutions publiques vers davantage de transparence par l’audit des procédures. La SNH avait déjà affiché, fin février, sa volonté de renforcer ses mécanismes internes de gouvernance en recevant une délégation de TI-C à son siège. 

Pour TI-C, cette démarche s’inscrit dans la continuité de son action au Cameroun, où l’organisation dit capitaliser sur 25 ans d’expérience en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption. En creux, la SNH cherche à crédibiliser un discours de réforme alors que son nom reste associé à l’affaire Glencore, l’un des plus importants dossiers de corruption ayant éclaboussé le secteur extractif camerounais. 

En 2022, Glencore a reconnu devant la justice britannique des faits de corruption dans plusieurs pays, dont le Cameroun. Des révélations relayées ensuite par Akere Muna, ancien vice-président de Transparency International et figure fondatrice de TI-C, ont mis en cause des responsables de la SNH et de la Sonara, soupçonnés d’avoir perçu l’équivalent d’environ 7 milliards FCFA de pots-de-vin entre 2011 et 2018 afin de permettre au négociant anglo-suisse d’acheter du pétrole camerounais à prix décoté. Des sources médiatiques évoquent aussi des rabais d’environ 30 % sur certains volumes, mais ce point reste à documenter par des éléments judiciaires publics plus complets. 

Depuis l’éclatement de l’affaire, la SNH tente de montrer qu’elle coopère. Dans un communiqué diffusé en septembre 2024, l’entreprise a indiqué avoir saisi Glencore une première fois le 30 mai 2022, puis à nouveau en juin 2023, pour obtenir les noms des responsables camerounais potentiellement impliqués. La société publique affirme aussi s’être réservé le droit de poursuivre, devant la justice camerounaise, « toutes les personnes impliquées dans ces crimes économiques », tout en expliquant que Glencore avait opposé un refus à la transmission des identités demandées. 

C’est précisément cette ligne que reprend aujourd’hui Transparency International Cameroon. Dans sa sortie du 9 mars, l’organisation affirme que « la volonté de réforme manifestée par la SNH ne saurait en aucun cas interférer avec les procédures judiciaires en cours, ni constituer une entrave à la manifestation de la vérité ». TI-C ajoute maintenir son exigence de voir « toute la lumière » faite sur l’ensemble des allégations de corruption liées au dossier Glencore. La démarche de gouvernance défendue par l’ONG est donc présentée comme distincte du contentieux judiciaire. 

La prise de position de TI-C répond en réalité à une dénonciation publique d’Akere Muna. Ce dernier a demandé que le contenu exact de l’accord avec la SNH soit rendu public et a appelé l’organisation à convoquer une assemblée générale extraordinaire afin de clarifier les termes de son engagement, d’en garantir l’indépendance et d’exiger des mesures effectives d’imputabilité et de réforme. Son intervention traduit une fracture au moins politique, sinon doctrinale, sur la manière d’accompagner une institution publique encore visée par un scandale d’ampleur internationale. 

Face à ces critiques, TI-C se défend de toute collusion avec la SNH et assure ne participer à aucune opération de communication d’image. De son côté, la SNH met en avant un « partenariat constructif » avec l’organisation et réaffirme son engagement à poursuivre ses actions dans une logique d’intégrité, de responsabilité et de reddition des comptes. Reste que, au-delà des intentions affichées, la crédibilité de cette séquence dépendra moins des communiqués que de deux éléments concrets : la publicité effective des termes du partenariat et l’avancée des procédures visant à identifier puis sanctionner les responsables camerounais éventuellement impliqués dans l’affaire Glencore. 

Ludovic Amara

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