Plus de 18 départements, représentant près de 80 % du corps électoral, présentent des résultats contradictoires entre les procès-verbaux de terrain et ceux transmis aux instances nationales. Ces écarts inhabituels ont ravivé les soupçons autour de la présidentielle du 12 octobre 2025, déjà marquée par des vidéos de bourrages d’urnes et de PV contestés. À Yaoundé, un scrutateur confie : « Ce jour-là, on a vu des choses qui dépassent l’entendement ». D’autres parlent d’un système trop opaque pour être vérifiable.
Face à tant d’irrégularités dénoncées, une question dérange : que s’est-il réellement passé entre le vote et la proclamation finale ?
Cameroun fraude électorale : zones d’ombre dès la fermeture des bureaux
Le soir du 12 octobre, les premières tendances venues des grandes villes étaient plutôt favorables à l’opposition. Dans certains états-majors, on évoquait même une possible alternance.
Mais à mesure que les résultats ruraux et administratifs remontaient, le rapport de force s’est inversé, jusqu’à déclarer Paul Biya vainqueur avec 53,66 %.
Sur le terrain, des irrégularités ont pourtant été largement documentées :
– bourrages d’urnes,
– PV falsifiés,
– scrutateurs expulsés,
– écarts entre inscrits et votants,
– absence de bulletins pour certains candidats.
Une vidéo devenue virale montre un président de bureau recevant une gifle après un décompte affichant plus de votants que d’inscrits à Bangangté.
« Ce n’est pas du jeu, vraiment », souffle un jeune électeur interrogé au sortir du dépouillement.
Cameroun élections 2025 : la guerre des procès-verbaux
Pour beaucoup d’acteurs du processus, la fraude soupçonnée ne se situerait pas seulement dans les bureaux de vote. Le véritable point critique serait l’étape suivant immédiatement le dépouillement.
Selon Me Emmanuel Simh, avocat et vice-président du MRC :
« C’est durant les quarante-huit heures où les PV restent entre les mains des commissions locales que tout peut basculer. »
L’opposition affirme que certains documents auraient été remplacés, sans qu’il soit possible de le prouver matériellement.
L’activiste Djeukam Tchameni expliquait avant son arrestation :
« On ne peut rien prouver parce qu’on ne nous laisse jamais toucher les originaux. »
Pour appuyer ses accusations, l’opposant Issa Tchiroma Bakary a publié les photos de centaines de PV reçus directement de ses scrutateurs le 12 octobre.
Ces documents concordent avec les chiffres officiels dans 13 départements, mais diffèrent dans 5 zones clés : Moungo, Lekié, Mfoundi, Lom-et-Djerem, Menoua.
Selon un soutien d’Issa Tchiroma :
« Là où l’opposition est forte, les chiffres ont été retouchés. Là où le pouvoir craignait des troubles, rien n’a bougé. »
Cameroun résultats contestés : des écarts statistiques difficiles à expliquer
Certaines hausses locales du nombre de votants interrogent :
– +800 % dans le Nord-Ouest,
– +243 % dans le Sud-Ouest,
– +59 % dans le Sud,
– +54 % dans le Centre,
alors même que l’Extrême-Nord baisse de 8 %.
Le candidat Pierre Kwemo affirme pour sa part :
« Ils m’ont pris près de 120 000 voix sur l’ensemble du pays. Je connais mes chiffres. »
Pour autant, aucune de ces accusations n’a conduit à une audition judiciaire. Les recours ont été rejetés pour motifs procéduraux, notamment celui de Patricia Tomaïno Ndam Njoya.
Pendant ce temps, Elecam assure que les cas signalés sont “en cours d’examen”. Aucune sanction n’a été annoncée un mois après le scrutin.
Entre PV contradictoires, écarts statistiques et témoignages préoccupants, la présidentielle du 12 octobre laisse derrière elle un goût d’inachevé. Paul Biya a prêté serment, mais les interrogations persistent, alimentant une crise de confiance déjà profonde.
Reste à savoir : comment restaurer la transparence pour que demain, chaque vote compte vraiment ?



