(Investir au Cameroun) – Le Cameroun n’a, à ce stade, mobilisé que 20 milliards FCFA — soit 20 % — sur une facilité globale de 100 milliards FCFA destinée à assurer le paiement régulier des factures dues à Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), exploitant du barrage hydroélectrique de Nachtigal. Cette démarche fait suite à des discussions avancées entre le gouvernement et plusieurs institutions financières, révélées en octobre par Investir au Cameroun.
Ces échanges ont débouché, en décembre, sur la signature d’une convention de crédit datée du 25 novembre 2025, portant sur une facilité globale de 100 milliards FCFA, a-t-on appris. Dans l’immédiat, la mobilisation demeure incomplète et aucune explication officielle n’a été fournie. Cette situation pourrait s’expliquer par la conjoncture actuelle.
« À la date de signature des présentes, seuls vingt milliards de FCFA sont garantis par les prêteurs initiaux, quatre-vingts milliards additionnels pouvant être mis à disposition par les prêteurs entrants au plus tard quatre-vingt-dix jours calendaires suivant la date du premier tirage », a-t-on appris. Selon nos sources, « les discussions se poursuivent avec le même pool bancaire, pour tenter de lever le reste des fonds, mais le statu quo demeure pour l’instant ».
Un pool bancaire resserré, Société Générale en chef de file
Le montage a été structuré par Société Générale Capital Securities Central Africa, chef de file, aux côtés de CCA-Bank et d’Elite Capital Securities Central Africa, en qualité de co-arrangeurs. Les prêteurs initiaux sont Société Générale Cameroun et CCA-Bank. « Les prêteurs initiaux s’engagent individuellement et chaque prêteur initial, pour ce qui le concerne, à consentir à l’emprunteur un montant de participation distinct, alloué au titre de la facilité suivant les conditions et les modalités prévues ».
En toile de fond, le risque d’activation de la garantie de la Banque mondiale continue de peser sur l’État. Un tel scénario, au-delà de l’impact financier, enverrait un signal fort aux marchés sur la vulnérabilité de l’État face à ses engagements dans le projet Nachtigal. Les autorités, averties des enjeux, cherchent à éviter cette issue.
« Conscient des enjeux liés au rating du Cameroun et à la crédibilité financière de l’État, le Minfi cherche à maintenir la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds », confie un responsable impliqué dans les pourparlers.
SBLC, Banque mondiale, Eneo : la mécanique de garantie sous tension
Cette nouvelle facilité s’inscrit dans un dispositif plus ancien lié aux paiements d’Eneo. Dans le cadre du contrat d’achat d’électricité (PPA) signé le 2 novembre 2018 avec NHPC, l’État camerounais, NHPC, Eneo et la Sonatrel avaient conclu une convention d’engagement garantissant la capacité du distributeur à régler les montants dus dans les délais contractuels.
En application de ce mécanisme, l’État avait fait émettre une lettre de crédit stand-by (SBLC) de 56,4 milliards FCFA (86 millions d’euros ; EUR) par Société Générale Paris, elle-même couverte par une contre-garantie de la Banque mondiale. Les défauts successifs d’Eneo au titre du règlement ont conduit NHPC à déclencher cette SBLC à hauteur de 42,63 milliards FCFA, selon des informations glanées par Investir au Cameroun.
Pour continuer de respecter ses obligations dans le cadre de la convention d’engagement et faire face aux tirages successifs, l’État a donc sollicité la mise en place de cette nouvelle facilité de court terme, sous la forme d’une ligne de crédit revolving d’un montant maximal de 100 milliards FCFA.
Depuis la mise en exploitation de la centrale de Nachtigal, d’une capacité installée de 420 MW, NHPC facture 10 milliards FCFA par mois à Eneo, que la totalité de l’énergie produite soit consommée ou non, conformément aux stipulations du contrat. Confrontée à de graves tensions de trésorerie, Eneo ne parvient plus à respecter pleinement ses engagements, poussant NHPC à activer la garantie détenue auprès de Société Générale Paris.
Amina Malloum
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