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Électricité : ENEO affiche 13 milliards de FCFA de déficit mensuel, refinancement et anti-fraude pour sauver la production


(Investir au Cameroun) – Le 22 janvier à Douala, gouvernement et chefs d’entreprise ont convergé sur un diagnostic : la crise d’approvisionnement électrique reste d’abord une crise de modèle économique. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, ENEO Cameroon encaisse en moyenne 31 milliards de FCFA de recettes mensuelles pour 44 milliards de FCFA de charges d’exploitation, soit un déficit mensuel de 13 milliards de FCFA. La dette cumulée de l’entreprise s’élèverait à 177 milliards de FCFA, alimentant une spirale qui pèse sur la qualité de service et, en bout de chaîne, sur la production industrielle.

Pour desserrer cette contrainte, l’exécutif annonce un refinancement des engagements d’ENEO via un syndicat bancaire local. L’objectif affiché : dégager des gains financiers mensuels projetés de 2,5 milliards de FCFA. Pour les entreprises, l’enjeu est immédiat : limiter les effets des délestages et des variations de tension sur les coûts, les cadences et les décisions d’investissement, en particulier dans le pôle industriel de Douala.

La session technique a réuni le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) et des membres du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam). Les échanges ont porté sur le déséquilibre financier du secteur électrique et ses impacts sur la productivité, l’investissement et la compétitivité. Les participants ont acté que l’écart entre la demande et l’offre disponible demeure une contrainte structurelle, aggravée par des interruptions et une qualité d’énergie instable.

Côté patronat, le constat est chiffré. 80 % des entreprises membres du Gecam identifient le déficit électrique comme leur principal défi opérationnel, selon son président, Célestin Tawamba. Il pointe la récurrence des délestages et l’irrégularité du courant, et souligne un paradoxe entre l’extension des infrastructures de production et la disponibilité limitée de l’électricité pour les usagers finaux. « Nous opérons dans un environnement de délestage et de mauvaise qualité de l’électricité. »

Feuille de route des réformes et objectifs chiffrés

Présentant les « 100 premiers jours d’action » après la renationalisation d’ENEO, Gaston Eloundou Essomba a détaillé une feuille de route visant à rétablir la viabilité financière et à améliorer l’offre. Le dispositif repose sur trois leviers : renégocier la dette avec les banques locales afin de convertir les emprunts existants en financements amortissables de plus long terme, régler les factures impayées et les arriérés dus par les entités publiques, et réduire les coûts d’exploitation.

Le calendrier industriel est posé : les raccordements industriels devraient démarrer à partir du quatrième trimestre 2026. En parallèle, le ministère prévoit un renforcement de la lutte contre la fraude, afin de réduire des pertes estimées à 60 milliards de FCFA par an. À l’horizon 2027, l’effet cumulé des mesures est chiffré à 9,853 milliards de FCFA de recettes mensuelles supplémentaires et 3,853 milliards de FCFA de charges en moins, à condition que l’ensemble des actions soit mis en œuvre comme prévu.

La stratégie est arrimée à l’Energy Compact signé en août 2025, qui fixe un objectif de 3 000 MW de capacité installée d’ici 2030 et une extension de l’accès à l’électricité pour huit millions de personnes supplémentaires. Devant plus de 200 représentants d’entreprises réunis au siège du Gecam à Bonanjo, les industriels ont plaidé pour un dialogue transparent et des outils de suivi opérationnel afin de mesurer les progrès en matière de production et de distribution, condition jugée déterminante pour préserver la confiance des investisseurs.

Le ministre a également reconnu des contraintes conjoncturelles. D’abord la faiblesse des pluies, à l’origine d’un déficit hydrologique d’environ trois milliards de mètres cubes, et la congestion de corridors de transport d’électricité essentiels, notamment l’axe Edéa–Douala. Parmi les engagements actés figurent la création d’une plateforme conjointe de suivi Gecam–Minee, la révision des calendriers de mise en œuvre des normes techniques affectant les entreprises, ainsi qu’une meilleure intégration des PME locales dans les projets publics du secteur énergétique. « Je suis venu vous dire la vérité. Nous sommes conscients des problèmes, mais nous agissons », a

Mercy Fosoh

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