(Investir au Cameroun) – La Chambre des comptes de la Cour suprême vient de rendre public son rapport d’examen sur la gestion de la communauté urbaine de Garoua (CUG) au cours de la période 2020-2024, dont Investir au Cameroun a pu obtenir copie. Si la juridiction financière salue les efforts en matière de propreté urbaine — efforts qui ont valu à la capitale régionale du Nord le prix de la municipalité la plus propre en 2023 —, elle pointe cependant de nombreuses « insuffisances ».
Selon le rapport, la gestion budgétaire et comptable de la CUG reste déficiente. « Tous les budgets sont votés en retard et apparaissent insincères, avec des recettes et des dépenses systématiquement surévaluées », souligne la Chambre. Entre 2020 et 2024, le taux d’exécution des recettes est resté compris entre 61 % et 66 %, tandis que celui des dépenses a oscillé entre 40 % et 52 %.
La Chambre déplore également l’irrégularité des sessions de la communauté urbaine, tenues en violation du Code général des CTD. « Seule l’année 2020 a fait l’objet d’au moins une session par trimestre. Quand bien même les sessions se sont tenues, leurs convocations ont généralement été faites hors délais, ce qui impacte négativement la qualité des débats », révèle le document.
Des commissions peu qualifiées et une inspection inopérante
Le rapport souligne que les cinq commissions mises en place au sein de la CUG souffrent du « manque de qualification technique » de leurs membres. « En pratique, le travail repose essentiellement sur une poignée de membres, alors même que le recours à une expertise externe est autorisé par le Code général des CTD », note la Chambre. Elle ajoute : « Cette opportunité, jusque-là, n’a jamais été saisie par les responsables de la communauté urbaine, alors même qu’ils sont conscients de la faible qualité de leurs grands conseillers, membres des commissions, du fait des contingences politiques ».
Concernant l’inspection interne, censée contrôler et évaluer les activités de la communauté urbaine, elle apparaît quasi inexistante. Le dispositif prévoit deux postes : l’un pour les travaux techniques, l’autre pour l’administration et les finances. Or, seul l’inspecteur chargé de l’administration et des finances a été nommé, mais il cumule cette fonction avec celle de secrétaire particulier du maire, ce qui « l’empêche de se consacrer à la tâche d’inspection ». La Chambre insiste : « La fonction d’inspection est autonome et ne doit en aucun cas faire l’objet de cumul ».
Autre irrégularité : le recours massif au personnel temporaire. En moyenne, 240 agents dits « temporaires » ont été reconduits trimestre après trimestre, soit plus du double de l’effectif permanent. « Ce qui traduit en réalité un besoin de personnel », indique le rapport, précisant que certains d’entre eux percevaient en outre « un salaire inférieur à celui stipulé dans leur contrat ».
Infrastructures sous-exploitées
La Chambre des comptes relève aussi que plusieurs infrastructures de la CUG ne génèrent aucun revenu, malgré les charges financières qu’elles engendrent. C’est le cas des magasins mis à disposition de l’université de Garoua, ou encore de la salle des fêtes construite grâce à un emprunt auprès du Feicom — emprunt toujours en cours de remboursement — et actuellement occupée par le Conseil régional du Nord.
Le rapport mentionne également l’absence de perception de certains droits portuaires durant la période de contrôle, en raison de la non-approbation par le préfet de la Bénoué de la délibération instituant ces taxes. Ce blocage a finalement été levé après une demande d’information adressée par la CUG, permettant l’homologation des tarifs par l’Autorité portuaire nationale (APN).
Face à ces dérives, la Chambre des comptes formule neuf recommandations. Elle invite notamment le chef de l’exécutif communautaire à respecter les dispositions légales relatives à la convocation et à la tenue régulière des sessions, et suggère la mise en place d’une comptabilité annexe afin de retracer avec transparence les recettes issues du règlement des factures d’électricité.
Le rapport préconise également le transfert de l’abattoir à la commune d’arrondissement compétente, ainsi que la signature d’une convention de location entre la CUG et le Conseil régional du Nord pour l’occupation de la salle des fêtes. Enfin, la juridiction financière insiste sur la nécessité de rentabiliser le port fluvial de Garoua, considéré comme un atout économique majeur encore sous-exploité.
Amina Malloum



